mercredi 28 novembre 2012

Jour 2 : Ooty et les monts Nilgiri

Ooty est la principale station climatique du Tamil Nadu et est considérée comme the « Queen of Hills ». Les anglais venaient y prendre un bol d’air frais lorsque la température des plaines devenait trop écrasante durant les mois de chaleur. Arrivés vers 23h, le froid nous saisit dès notre sortie du bus. Autour de nous les indiens étaient vêtus de polaires et de bonnets, une image singulière pour l’Inde que nous connaissions. Nous avons passé une nuit fraîche cachés sous de grosses couvertures dans notre lit douillet.

Au matin quel plaisir de nous réveiller et de contempler la magnifique vue que nous avions depuis notre chambre. Un lac ensoleillé entouré de sapins s’offrait à nos yeux, nous nous étions de nouveau dans une autre Inde et nous respirions un air pur et frais… Un petit bonheur.

Nous avons pris un gros petit déjeuner, comme un de ceux que l’on a aux sports d’hiver pour tenir toute la journée. La serveuse de notre maison d’hôte avait tressé ses cheveux très noirs et était chaudement habillée, elle ressemblait étrangement à l’idée que l’on se fait des femmes d’Amérique latine. Nous nous sommes ensuite mis en marche accompagnés d’un guide pour un trek d’une journée. Nous avons traversé des champs d’Eucalyptus, des champs de thé, des villages très colorés, nous avons croisé un berger de chèvres qui avait 6 orteils, une femme magnifique ramassant du thé à l’aide d’outils inconnus, nous avons contemplé les monts Nilgiri ou montagnes bleues à travers les nuages mais surtout et comme toujours nous avons appris et partagé…




Pour le lunch, nous avons mangé dans un restaurant d’altitude au milieu des montagnes. Je sais que plusieurs d’entre vous à l’évocation de ce terme imaginerons un restaurant façon « ski bar » sur les pistes, mais vous n’y êtes pas du tout ! Imaginez plutôt une minuscule baraque faite de bois et de chaux très rudimentaire version maison de Blanche Neige. Remplacez dans votre esprit les frites par du riz servi avec des papads (galettes croustillantes), Dal et légumes. Oubliez également les couverts et pensez à un repas dégusté avec les mains sur une simple feuille de papier journal : un vrai délice. Nous avons essayé d’adopter diverses techniques pour manger le plus proprement possible et ce, en utilisant seulement notre main droite car la gauche est réservée aux actes impurs pour les indiens (je ne vous fait pas de dessins J) Le résultat n’était pas toujours probant mais l’essentiel était de profiter de notre petit moment de bonheur dans ce lieu hors du temps. La reprise de la marche fut difficile après ce bon repas mais les paysages furent magnifiques. Pour nous réconforter à la fin du trek, nous sommes retournés dans cette auberge pour prendre un bon chai qui brûlait dans une marmite en cuivre sur un réchaud ancestral. Nous y avons retrouvé toutes les personnes qui nous avaient marquées dans la journée (la coupeuse de thé, le berger, des villageois…) et nous avons pris des photos, essayé de nous comprendre…


En rentrant à la ville, nous avons acheté du fameux chocolat du Tamil Nadu qui s’est avéré très bon puis nous sommes retombés en enfance en faisant du pédalo sur le lac. Admirez ces belles embarcations toutes neuves ! Le crépuscule approchait lentement sur le lac amenant avec lui le froid de la montagne dont nous avons profité allègrement lors d’une superbe balade nocturne dans l’agréable Ooty by night.


Pour ceux qui veulent en savoir plus, voici quelques infos glanées à notre guide durant le trek :

-  -     Le thé n’est pas orginaire d’Inde comme on pourrait le penser mais il provient de Chine et il a été implanté par les anglais sur les versants indiens. Pour preuve, le mot chinois pour thé est Cha (prononcé Chtra) et en hindi, c’est Chai, un mélange entre Cha et Tea.

-          Le fait que le thé soit noir, vert ou blanc ne dépend pas de la variété mais de la façon dont il est traité. Par exemple, le thé blanc est issu de la plus jeune pousse du plant de thé et on peut faire du thé vert avec les feuilles qui l’entoure.

-          Le thé a besoin d’ombre pour pousser ainsi des arbres sont plantés au milieu des champs de thé pour qu’en été les plants soient protégés, en période de mousson, les arbres sont taillés pour laisser passer la lumière en cette période nuageuse

-          Le climat d’Ooty est très variable, les nuages vont et viennent  si rapidement qu’il a été surnommé the Lady Climate par les anglais.

-          Des ethnies ancestrales vivent encore dans les monts Nilgiri, leurs habitants parlent des langages différents et sans l’hindi ou l’anglais pour les souder, ils ne peuvent pas se comprendre ce qui donne lieu à des conflits communautaires.

-          Une bonne partie des pastilles contre les maux de gorge que nous avons en occident sont issues d’huile d’Eucalyptus d’Ooty.

-          Le chocolat est produit dans le Tamil Nadu car ses températures fraîches permettent de mieux le conserver

Et pour tous les amateurs de dessins animés qui avaient un doute, ce n'est pas Ooty et les cafards mais Oggy.. A bons entendeurs, à bientôt !

vendredi 23 novembre 2012

Notre Diwali break

Diwali, ou fête des lumières, est l'équivalent de notre noël pour les hindous. Pour l'occasion, les indiens rentrent chez eux pour célébrer cette fête en famille, n'ayant pas de famille dans les parages, nous avions donc 9 jours de break pour découvrir Mother India.
Le planning était chargé mais ce voyage tant attendu résonnait déjà comme une promesse de bonheur. Nous allions visiter un palais de Maharaja, gravir les montagnes du Tamil Nadu, nous baigner dans les eaux du Kerala, naviguer sur les backwaters et pêcher à Cochin.

D-Day : 9 novembre 

Après notre cours de Brand Management et une séance photo avec notre professeur portant ce jour-là un saree magnifique, nous avons fait route vers l’aéroport de Mumbai. Il était bondé en ce jour de grand départ en vacances mais nous étions heureux de faire partie de ces voyageurs du « Diwali break » comme de vrais indiens. Nous avons atterrit à Bangalore où nous avons rejoint Delphine et Johanna, deux étudiantes d’Euromed en échange à Delhi qui se joignaient à nous pour ce voyage. Sur le trajet pour rejoindre le centre ville, Bangalore nous a fait l’impression d’une ville très moderne, dynamique et ordonnée. Les nombreux buildings vitrés appartenant à des multinationales nous plongeaient dans un autre univers : celui de la technologie imprégnant cette « Sillicon Valley indienne », seule notre arrivée à la gare routière, nous ramena à la réalité indienne et à son fouillis.  Notre bus devant arriver à minuit à Mysore n’arriverait finalement qu’à 3h30 du matin, nous allions donc passer une partie de notre première nuit dans le bus : le périple commençait.

Jour 1 : Mysore, la majestueuse

Arrivés au beau milieu de la nuit, nous avons dû réveiller le manager de l’hôtel et…Malesh, un employé qui avait visiblement du mal à se réveiller et qui deviendra très vite notre mascotte.

Mysore est connue pour son magnifique Palais du Maharaja considéré comme l’un des plus beaux de l’Inde. Ce luxueux palais du XXème siècle abrite encore la famille royale et quelques fastes cérémonies où éléphants parés d’or et chaises à porteurs rentrent en activité pour replonger Mysore dans son passé flamboyant. Carreaux de mosaïque, vitraux somptueux, chandeliers raffinés, plafonds peints et objets précieux nous ont transporté l’espace d’un instant quelques années avant l’Indépendance de l’Inde, au temps des Maharajas.

Mysore est également connue pour sa production de soie, d’encens et de bois de santal. Nous avons eu droit à plusieurs démonstrations de confection de bâtonnet d’encens dont les femmes les plus habiles arrivent à en produire 7000 par jour. L’extrait de bois de santal, par exemple, se présente sous la forme de poudre, il est d’abord mélangé à une autre poudre collante puis l’artisan rajoute de l’eau à ce mélange ce qui le transforme en pate collante qui est ensuite roulée autour d’un bâtonnet de bambou avec l’aide de la pomme de main jusqu’à ce que le surplus soit évacué.


Nous avons flâné ensuite dans un marché très typique de fruits et légumes et de marchandises indiennes (Huiles essentielles, bracelets de verre, poudres colorées, sacs de toile, pans…). Les pans sont des feuilles végétales mâchées après les repas principalement par les femmes qui se transforment en jus rouge sous la pression des dents, un super dessert saignant ! Ces feuilles sont également chiquées par les hommes qui rajoutent du tabac et des épices à l’intérieur, ce Pan est alors appelé Masala Pan, masala voulant dire épice. Les rickshaws de Bombay notamment en confectionnent de très forts qui font l’effet d’une drogue ce qui les rend un peu groogy, les fait cracher rouge mais leur fait oublier leur pénible condition d’hommes coincés durant leur vie entière dans les terribles embouteillages de la ville.




En fin de journée sous un soleil de novembre magnifique, Ludmilla et moi, nous nous sommes assisses au milieu du marché et nous avons regardé la vie défiler devant nous.. Certains marchands rangeaient leurs légumes en petits tas réguliers prêts à l’achat, d’autres retiraient les surplus de pelures des oignons avant de les empaqueter et d’autres encore confectionnaient avec des feuilles de bananiers des lits douillets pour des régiments de bananes destinés à l’export. Nous ne nous lassions pas de ce spectacle mais très vite est venu le temps de prendre un nouveau bus pour rejoindre Ooty, une ville perchée dans les montagnes du Tamil Nadu. 

lundi 19 novembre 2012

Un petit message en passant...

Chers tous,

Je suis désolée de ne pas avoir alimenter mon blog ces dix derniers jours, nous étions en voyage dans le Sud de l'Inde pour fêter à notre manière Diwali, le noël hindou.
Rentrée à 2h ce matin, j'ai enchaîné sur une journée de cours suivie d'un entretien pour un stage...
Ma semaine s'annonce très chargée, j'essaierais de vous raconter mes aventures au plus vite mais croyez-moi vous ne serez pas déçus... Palais de Maharajas, montagne, plage et rivière : il y en aura pour tous les goûts !
Je vous promets également des récits sensations car comme toujours nous avons vécu de sacrées aventures !
A très vite !


vendredi 9 novembre 2012

Un goût de Paradis à Goa


Je ne sais par où commencer pour vous raconter ces superbes 4 jours que nous avons passés à Goa, un petit état de l’Inde du Sud colonisé par les portugais au XVIème siècle. Goa est reconnu pour ces plages ensoleillées, ses noix de cajou, son exonération de taxes, sa population hippie et sa tolérance…aux maillots deux pièces !  Après près d’un mois sans voyage et aucun bain de mer depuis notre arrivée en Inde, c’est exactement ce qu’il nous fallait pour célébrer la Toussaint et essayer de rendre jaloux certains d’entre vous…

Jeudi 1er novembre : Nageons dans la mer d’Oman

Après 13h de bus, nous avons bullé sur la grande plage de Baga, au nord de l’Etat. Des orages étaient prévus mais nous avons réussi à passer à travers les gouttes et malgré la grisaille nous nous sommes jetés dans la mer comme si c’était notre première fois. Le plaisir de pouvoir nager, marcher en paréo et nous allonger sur la plage sans être (trop) regardés ou harcelés nous a procuré une sensation de liberté d’une valeur inestimable. Je dois vous préciser que j’ai réussi à mettre une robe seulement deux fois depuis mon arrivée en Inde et ce, malgré les 32°C affichés au compteur. Vous comprendrez donc aisément que pouvoir enfin se mettre en maillot était une grande récompense.  Bien sur on nous a pris en photo, bien sur on a essayé de nous vendre des babioles en pagaille mais qu’importe nous étions en vacances. Notre seule préoccupation était la recherche de la paillotte parfaite pour déguster des curies de poisson ou de crevettes sur la plage. Ce week-end marquait l’ouverture de la saison touristique à Goa, ainsi partout des travailleurs s’attelaient à la construction de huttes de paille et de bambou qui accueilleront bientôt des milliers de touristes qui envahiront ces plages jusqu’à lors désertées pour faire la fête, s’amuser et se relaxer.

En bons touristes, nous avons loué un banana boat (un gros boudin gonflable tracté par un bateau dont le but est de rester le plus longtemps dessus). Etant donné que la plupart des indiens ne savent pas nager, deux plagistes ont insisté pour nous accompagner au cas où les gilets de sauvetage de suffiraient pas, en réalité, ils étaient là pour nous éjecter dès qu’ils en avaient l’occasion. Femmes à la mer à bâbord! C’était parti pour 20 minutes de fou rire car il fallait ensuite remonter sur le boudin et ce n’était pas si facile ! Plus on riait, moins on y arrivait, j’avais l’impression d’être un vrai chamallow.

Le soir, nous avons diné au « Poisson Rouge » un superbe restaurant à Baga tenu par des expats français installés à Goa depuis 7 ans. Le site et la décoration étaient magnifiques et la nourriture, délicieuse. J’ai craqué pour du… bœuf servi avec une fine sauce au gingembre. Ça faisait si longtemps que je n’avais pas mangé de la « French cuisine ». En discutant avec les gérants nous avons appris qu’ils avaient l’habitude d’avoir des stagiaires de l’école de commerce de Rouen pour développer leurs activités à Goa et qu’ils étaient à la recherche d’un nouveau stagiaire pour janvier. J’en ai vu certaines charmées par cette proposition mais je vois ça d’ici sur le CV :
Janvier-Juillet 2013 : Assistante Marketing/communication au Poisson Rouge, Goa, Inde
-          Mise en plage, euh…en place, d’une stratégie marketing
-          Networking lors de soirées transes
-          Organisation d’événements sous les cocotiers

Nous avons ensuite marché sur la plage profitant des ions négatifs avant de sortir en boite. Merci à Ludmilla de nous avoir bien fait rire en perdant ses chaussures sur la plage 5 min avant de rentrer dans le club. Etant donné que tout est possible en Inde, elle a simplement acheté des tongs sur la plage pour rentrer dans la boite de nuit, et ce, sans aucune difficulté.
Un étage de la boite était réservé aux filles, comme c’est souvent le cas en Inde, nous avons donc dansé avec des indiennes en essayant d’adopter leur façon de se déhancher. Ce n’était pas triste, ils ont vraiment une façon de danser qui leur est propre : Imaginez un mix entre de la danse façon Shakira et celle de Bollywood puis ajoutez un peu de tectonique et vous pourrez vous faire une idée de leur façon de danser en discothèque. C’est bizarre mais on adore, ils ont tellement le rythme dans la peau !

Vendredi 2 Novembre : Promenons nous sous les cocotiers



La journée commença avec un plongeon dans la piscine de l’hôtel et un jus d’ananas fraîchement pressé. Nous avons ensuite loué des scooters pour se balader le long de la côte… Nous avons roulé les cheveux au vent en humant l’air marin mêlé à une odeur d’herbe coupée. Nous avons traversé de jolis petits villages puis des quartiers entiers de magasins pour touristes. Le refrain bien connu « See my shop, see my shop » nous avait manqué.

Nous avons élu domicile sur la plage d’Anjuna où nous avons fait la rencontre des vrais locaux : les vaches ! Elles lézardaient au soleil au milieu des touristes, le plus souvent tatoués des pieds à la tête. Nous avons nagé dans l’eau chaude de la mer d’Oman pendant près d’une heure, bercés par les vagues et la musique techno qui sortait des paillottes de plage. Nous étions quasiment les seuls dans l’eau, aucun building à l’horizon, aucun jet ski, un petit bout de paradis préservé. 

Mélodie et moi avons cédé aux rabatteuses de plage pour nous faire des tatouages au henné sur le pied. Ces femmes utilisaient un petit bâton pour appliquer ce henné très foncé en faisant apparaître des arabesques qui maquillaient nos pieds à merveille. 

Nous avons ensuite mangé des poulets en tous genres face au soleil rasant se couchant petit à petit sur cette plage de rêve.

Le soir nous avons promené en scooter pour rejoindre Vagator au nord de Goa. La promenade en soit valait le coup, nous avons roulé au milieu des vaches, klaxonné pour avertir d’un dépassement, indiqué avec le bras que nous allions tourner, mis de l’essence à l’aide de bouteilles en plastiques achetées sur le bord de la route. Nous avons cherché un restaurant pendant 1h que nous n’avons jamais trouvé puis un bar qui était fermé, la soirée aurait pu être gâchée MAIS nous sommes finalement tombés sur un restaurant face à la mer dont nous étions les seuls clients de la soirée. La plage était déserte, plongée dans le noir dont seuls une petite paillotte et un feu de branchage éclairaient la baie. Quelque chose d’impensable sur nos côtes bétonnées et surpeuplées : le paradis. Tout était parfait… jusqu’à ce que sur la route du retour nous nous fassions (encore) arrêter par la police. Nous n’avions pas de casque, nous n’avions pas nos papiers et nous n’avions pas notre permis de conduire non plus mais nous étions en règle aux yeux des policiers indiens. Un policier munis d’un vieux fusil automatique nous a quand même alerté sur le fait qu’on était censé avoir nos permis de conduire pour louer des scooters puis il nous a demandé où nous avions prévu d’aller faire la fête, apparemment il connaissait un endroit super… Il nous l’a indiqué et nous a laissé repartir sauf que le scooter d’Hugo et Mélodie ne démarrait plus.


Petrol Petrol Petrol ! Oooooooook… il est minuit, allons explorer la campagne indienne à la recherche d’une petite bouteille de pétrole. Aux vues du nombre d’échoppes bordant la route ça ne devrait être si difficile… Pourtant pas une seule bouteille posée sur un mur indiquant qu’il était possible d’en acheter à cet endroit n’était en place à cette heure tardive. Nous étions à l’affut de la moindre source de lumière et avons demandé du pétrole à 2 restaurants, un groupe de jeunes buvant des bières sur leur terrasse, à un poste de police, à un monsieur à moto, mais rien n’y faisait. Nous avons fini par trouver une station essence, fermée bien sûr. J’ai cherché la pompe 24h/24h en vain (en voilà une idée de business développement !) avant de me faire héler par un vieil indien qui dormait sur un banc près des pompes à essence : « No petrol no petrol ! » J’ai quand même essayé de lui dire que j’étais prête à payer deux fois le prix pour qu’il nous trouve une bouteille, il a rigolé et m’a dit d’aller à Anjuna à 5km.  Allons-y ! Sauf que ma moto ne démarrait plus non plus ! J’ai alors vu que l’employé de la station essence dormait à l’intérieur de la boutique, désespérée j’ai frappé à la fenêtre pour le réveiller, il a ouvert la porte libérant une horde de chiens. Après cette frayeur, j’ai essayé de lui donner de l’argent pour qu’il réouvre la station essence juste pour nous,  mais cela n’a pas fonctionné, la corruption ne marche pas si bien en Inde finalement…
Il nous alors conseillé de frapper à la porte des shops qui étaient sur la route car les vendeurs dorment à l’intérieur et il pensait qu’ils auraient certainement. On a alors frappé timidement jusqu’à ce qu’un indien bedonnant dormant entre deux réfrigérateurs de boissons n’ouvre son magasin mais il n’avait pas de pétrole non plus… Par miracle mon scooter a redémarré, non sans un bruit étrange mais cela nous a permis de filer en direction d’Anjuna. Quel soulagement de trouver cette miraculeuse bouteille! J’ai passé le retour à humer l’air de cette campagne devenue si familière et à me dire que j’avais une chance inouïe de vivre de telles aventures, si compliquées semblent-elles.

Samedi 3 novembre : Jouons aux parfaits touristes


Après 2 jours de farniente, trêve de plaisanterie, nous partions explorer le passé portugais de Goa.

Notre journée commença avec Panaji, la capitale de l’état Goanais connue pour ses quartiers colorés qui contrastent avec ses églises blanches. Nous avons visité l’Eglise Notre Dame de l’Immaculée conception où nous avons vu une vierge Marie aux traits presque méconnaissables, un restaurant se vantant d’avoir une Church View et des écoliers parés de leur uniforme en chemin pour l’école. 



Nous avons ensuite déambulé tranquillement entre les maisons aux milles couleurs du quartier de Sao Tomé dont les variations de parmes, bleus, verts, jaunes nous plongeaient sur un tout autre continent.



Nous avons ensuite pris la direction d’une plantation d’épices tropicales pour en apprendre plus sur ces petites épices qui nous titillent le gosier. Cardamone, gingembre, cumin, vanille, noix de muscade, curry poussaient dans cette exploitation labellisée Ecocert. Une jolie indienne nous a fait visiter le domaine et nous a expliqué les bienfaits de chacune de ses épices. Nous avons ensuite déjeuné dans ce cadre idyllique et savouré de bons plats servis dans des feuilles de bananier.


Ensuite est venu le temps de pénétrer dans le Old Goa, classé au patrimoine de l’Unesco  en raison de sa grandeur passée. Cette cité abritait au XVIème une population aussi nombreuse que celle de Londres lorsqu’elle fut conquise par les Portugais, c’est pourquoi Old Goa abrite les plus grandes églises d’Asie. Ils étaient touchants de voir de jeunes indiens allumer des cierges tandis que leurs aînées passaient à côté d’eux vêtues de saris.




Nous sommes arrivés à l’heure du coucher de soleil sur la plage d’Anjuna où nous avons pris un bain jusqu’à la nuit tombée. Nous avons mangé sur la plage avant de nous rendre à une soirée transe Goa quelques paillottes plus loin. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est une soirée transe imaginez un rassemblement de gens dansant comme des ours excités sur la musique électro genre rave avec des peintures fluos sur le visage. Ça a fait très peur à Bernhard et ça nous a fait beaucoup rire du coup on a donc essayé de jouer les tarés sautant partout et dans tous les sens pendant quelques heures avant de regagner une soirée « normale » dans une boite « normale » qui lui a mieux convenu. Nous avons ensuite passé la nuit dans de jolis bungalows en bambou installés à l’arrière d’un restaurant de plage, une vraie petite hutte de Rubinson Crusoé avec salle de bain J

Dimanche 4 novembre :  Profitons profitons avant que le séjour ne s'achève

Le dernier jour, je me suis réveillée au chant d’oiseaux noirs au long bec qu’on appelle communément corbeaux… mais je me suis vite réconciliée avec la vie en prenant un petit déjeuner indien sur la plage par un temps superbe. De nouveau, nous avons loué des scooters pour aller voir les falaises d’ocres de Vagator et nous reposer sur une plage encore plus sauvage que les précédentes. La journée fut excellente. J’ai acheté ma première mangue de la saison à une femme qui portait un énorme panier de fruits sur la tête que je n’ai même pas réussi à soulever, nous avons pris un vrai bain de soleil et j’ai bronzé, nous avons promené au milieu des vaches le long de la côte, nous avons mangé dans un restaurant dont la vue était à couper le souffle, nous avons escalader falaise pour admirer la vue du fort qui la surplombait, nous nous sommes baignés une dernière fois avant de reprendre, un peu la mort dans l’âme, le bus pour Bombay… 


Le retour s'est passé sans encombre jusqu'à ce que le pare brise du bus éclate aux portes de Bombay, on a donc fini le trajet les cheveux au vent, nous ramenions un peu de Goa dans notre ville tentaculaire. 

vendredi 26 octobre 2012

L'orphelinat de Malad Creek


Déçues et frustrées de ne pouvoir rien faire pour ces gosses de rues qui nous regardent avec des yeux supplicateurs à chaque carrefour, nous avons décidé d’agir en nous engageant pour un orphelinat au Nord de Bombay car Marion, une des étudiantes françaises, connait une famille d’expatriés qui s’occupe de cette structure tous les dimanches et qui nous a proposé de les aider.

Le Swagate Ashram accueille plus d’une soixantaine d’enfants de tous âges ainsi que quelques personnes âgées rejetées par leur famille. L'objectif de cette structure est l'éducation car les enfants doivent apprendre l'anglais pour qu'ils puissent trouver un travail à leur sortie de l'orphelinat, ainsi la plupart des enfants sont scolarisés sauf ceux qui ont le sida qui ne peuvent avoir de papiers pour être admis.
Le logement, les fournitures scolaires et la nourriture coûtent 63 roupies par jour et par enfant soit moins d'un euro...Ce foyer est situé dans le district de Malad, à 45 min de chez nous dans un tout autre Bombay. Il n’est pas aisé de s’y rendre mais je ressens un peu ce parcours comme un voyage initiatique nous permettant d’abandonner notre monde afin d’en rejoindre un différent. Laissez-moi essayer de vous y emmener avec moi…

Chaque mercredi, nous partons à 7h du matin en rickshaw pour rejoindre Versova Creek, un endroit fabuleux d’un cachet inimitable d’où nous prenons un ferry pour rejoindre Malad Creek.



L’arrivée à l’embarcadère se fait par un dédale de rues étroites et animées jonchées de marchands de couronnes de fleurs en plein travail en cette période de festival. De vieux bateaux de pêche sont amarrés sur la plage et le flot de travailleurs qui les entoure atteste qu’ils sont prêts à partir en mer d’un moment à l’autre.  Des centaines de drapeaux multicolores flottent dans l’air saturé par une odeur âcre de poissons séchés et de détritus. Elle est si présente qu’elle vous prend à la gorge, inspirez un bon coup et laissez la vous envahir en avançant sur le sable souillé.



Tout autour de vous les couleurs dansent dans une agitation tranquille : des femmes et des hommes s’activent à la tâche avec rapidité et douceur. Certains charrient sur leur tête leur précieuse pêche séchée au soleil, d’autres déchargent des barques colorées de magnifiques paniers en osiers remplis de minuscules poissons blancs, certains rincent le poisson dans cette eau ultra polluée avant de vider leur cargaison dans des caisses en plastique gardées par un groupe de femmes. Des hommes viendront ensuite chercher ces caisses afin de les entreposer sur une charrette en bois qu’ils conduiront vers la ville.



Pendant ce temps, le ferry quitte Malad Creek pour venir vous chercher. Il est bondé, des femmes en saris vous regardent, certains hommes sont déjà de l’autre côté de la balustrade prêts à descendre.  Le ferry vient se poser délicatement sur le sable, une longue planche de bois est affrétée pour faire descendre les passagers puis des motos sortent du bateau, il est désormais vide, c’est à votre tour. Vous quittez doucement ce port d’une autre époque en écoutant le chant des corbeaux réclamant leur du dans une lumière rasante.


De l’autre côté de la crique, des rickshaws vous attendent. Les règles de Bombay en matière de rickshaws ne s’appliquent plus ici : montez à 5 dans l’auto en vous serrant comme vous pouvez et payez sans meter. Bien sur on vous réclamera trop comme toujours, mais ils ne voudront pas négocier un seul instant et seront solidaires les uns les autres, vous n’avez pas le choix, laissez vous donc aller. Après 15 min à travers la campagne bordée par des abris de fortune et quelques hôtels, vous arrivez à destination.

Au bout du chemin de terre, vous apercevez des petits garçons courir, un vieillard se déplacer avec sa gamelle en fer et des petites filles en train de discuter. Vous êtes repérés. Certains enfants vous sourient déjà. 
Une étrange prière est en cours : une vieille femme récite des chants catholiques impossibles à identifier dont ne vous reconnaissez seulement que quelques alléluia qui ponctuent cette prière dont la musique et le rythme ressemblent, à s’y méprendre, à un rituel hindou. Une bâche avec des petites images de Jésus entourées de cœurs roses vous ramènent néanmoins au sein de leur communauté catholique. Asseyez-vous en attendant que les enfants prennent leur petit déjeuner et dégustez un chai, le thé indien par excellence : épicé, sucré et lacté. Ne refusez pas, cela les vexerait. Des enfants viennent vous voir pour réclamer un câlin, vous demander votre nom ou vous apprendre comment faire un check indien ou la version locale du 3 petits chats, 3 petits chats, 3 petits chats chats chats, chapeau de paille, chapeau de paille, chapeau de paille, paille, paille..Une petite de 2 ans monopolise votre attention, elle a deux ans et grimpe le long de vos jambes pour se mettre sur vos genoux. Elle n’est pas légère, c’est un beau bébé potelé qui vous regarde en souriant vous montrant ses petits chicots. Aapka naam kya hai ? Vous entendez Maelle, cela n’est surement pas ça mais cela n’a pas d’importance, contentez-vous de la faire sauter sur vos genoux et de lui faire des guilis, le succès est garanti. 

Les enfants sont en rang d’oignions et attendent que les plus grands remplissent leur gamelle en fer d’une ration de riz mélangé à quelques légumes et des épices. Des petits de 6-7 ans servent le chai à l’aide d’une bouilloire dans des godets en fer, ils en mettent partout et essuient les ratés avec un t-shirt trouvé par terre. Les enfants dévorent leur assiette et certains vont se resservir avec difficulté car le tian posé sur un banc est bien plus grand qu’eux. 

Des enfants rangent les assiettes, certains balaient le sol et d’autres sont déjà en train d’aller chercher leur cartable pour faire leur devoir. Essayez vous tous par terre dans la pièce principale sous le regard des vieillards allongés sur leur lit et formez des petits groupes de niveau. Aujourd’hui vous avez le niveau 3, ils apprennent à lire et à compter. Ils vous tendent leur cahier, donnez leur des additions, soustractions et multiplications.  Ils s’exécutent en comptant sur leurs doigts, certains sont très rapides, de vrais petits génies en herbe, si seulement quelqu'un pouvait s'occuper d'eux chaque jour... Ils en ont marre, ils veulent lire désormais. Ils sortent un petit livre de lecture abîmé et commencent à lire un paragraphe chacun. Un d’entre eux a quelques difficultés, son camarade lui souffle la réponse. Vous grondez de le laisser faire en essayant d’expliquer qu’il faut décomposer le mot en plusieurs syllabes pour pouvoir lire le mot. Ils ne savent pas faire, il est écrit « engine » et ils lisent « english », ils essaient de deviner les mots, ils lisent quelques phrases sans regarder le livre, plus aucun doute, ils apprennent leur livre par cœur. Comment faire ? Enseigner c’est répéter, allons-y. Décomposez le mot, prononcez le avec eux. Vous dites « Tree » ils ne vous comprennent pas, dessinez alors un arbre sur le cahier pour qu’ils reconnaissent le mot. Ils rigolent un peu et répondent « It’s Trrrrrrrrrree ». Ok ils connaissent l’anglais mais vous allez devoir prendre l’accent indien, ça devient vital.  Quelques indices : « We want » est à prononcer « Vi Vante » et « read » est à prononcer « rrrrrrrrrrrread »


Pendant ce temps, des enfants se joignent au groupe, vous leur donner un paragraphe à lire puis ils repartent, des enfants plus jeunes viennent s’asseoir sur vous genoux et commencer à vous raconter une histoire en hindi. Vous ne comprenez rien, vous êtes si décu. Une petite fille répète sans arrêt le même mot, inquiet, allez chercher Arpit, l’étudiant indien qui vous accompagne, pour traduire.  Elle veut du chocolat. Ce n'est pas si grave. Un groupe de plus jeunes essaie d’apprendre le nom des aliments. Ils connaissent : apple, mango, tomato, potato et…Cadburry. Qu’est ce que Cadburry vient faire là ? Vous les regardez avec un air réprobateur.  « Cadburry ! » « Cadburry chocolate ! » crient-ils en cœur... Ils voient ensuite le mot et la photo de spaghettis et lisent «Maggie ». No ! It's not right ! Décomposez le mot : « spa » « gué » « ti ». « Noodles, noodles ! ». Ok, Maggie est le plus grand fabricant de noddles d'Inde, le marketing est partout…Le bruit monte, les enfants commencent à se distraire, midi approche. Faisons un jeu.

Faites un grand cercle. Le but du jeu est de se faire passer de mains en mains un gobelet pendant qu’un adolescent au centre du cercle joue du tam tam. Si vous avez le gobelet lorsqu’il arrête de jouer, vous aurez un gage. C'est parti pour une ronde endiablée. Le 1er enfant perd, il doit danser, il est timide et n’est pas content mais il gagne un petit cadeau, le 2ème chante, le 3ème récite une poésie et les autres les accompagnent. C’est génial. On change de jeu, il faut maintenant danser au son du tam tam et dès que la musique s’arrête il ne faut plus bouger et rester comme une statue jusqu’à ce que la musique reprenne. Si vous bougez vous serez éliminé. Ces enfants ont véritablement le rythme dans la peau, ils sont incroyables, vous paraissez ridicules. Le point positif c’est que vous avez moins de chance d’être éliminé, vous ressemblez déjà à un morceau de bois.

Il est déjà l’heure de partir. Les enfants se pressent autour de vous, ils réclament quelques photos souvenirs, 1,2, 3 cheeeeeeeeeeeeeeeeese ! 


See you next time teacher…  See you next wednesday guys... Vous avez déjà hâte de retrouver vos petits élèves…