mercredi 12 décembre 2012

Se marier comme dans un Bollywood

L’Inde est certes le pays des Maharajas, des épices et des éléphants mais il est aussi celui du mariage !  Les cérémonies y sont les plus féériques (kitchs ?), le taux de divorce y est l’un des plus bas du monde (2%) et c’est à Bollywood que l’on tourne les films les plus romantiques. 

Pour vous mettre dans l’ambiance pour ce qui va suivre, je vous propose de regarder ce clip extrait du film Jab tak hai jaan que nous sommes allés voir au cinéma: http://www.youtube.com/watch?v=VAt6TO2gdko. Ce Bollywood raconte l’histoire d’un couple que tout oppose mais dont l’amour, plus fort que tout, arrive à surmonter tous les obstacles. Cliché à souhaits mais les indiens adorent, et nous aussi (moi en particulier) ! 

Décemment nous ne pouvions pas quitter Bombay sans vivre un conte de fée Made in India. Mais comment faire pour se faire inviter ? Nous avions bien pensé à aller à l’un des gigantesques mariages qui ont lieu dans les five star hôtels de la ville et faire comme si nous étions sur la liste des nombreux invités…mais nous n’avions pas l'air très locales… or le meilleur moyen pour des occidentales d’assister à un mariage indien, c’est d’y servir !

Après de nombreux ratés, Kiran, notre « agent » nous avait promis que cette fois serait la bonne et ce fut le cas !  A 17h, il devait venir nous chercher à Andheri station pour filer vers le nord de Bombay où se déroulait la cérémonie. Kiran nous avait demandé de nous habiller en robe et talons noirs, malheureusement, aucune d’entre nous n’avait la panoplie complète mais le gros sac en plastique qu'il portait ne laissait aucun doute sur le sujet, nous allions devoir nous changer, la question qui subsistait était pour porter quoi ? On s'imaginait déjà en saris magnifiques...

La voiture nous emmenait vers le nord à toute allure et nous apercevions les montagnes qui entouraient Bombay dont nous n’avions jamais vu les contours. Partout de géants buildings poussaient comme des champignons et ce à perte de vue, ce qui renforçait notre impression de vivre dans une ville sans fin. Au bout de 30 minutes nous arrivions à peine dans le quartier où devait se dérouler les noces mais nous n’étions pas au bout de nos peines... Il nous fallut pas moins d’1h30 pour trouver le lieu à cause des bouchons et des étoiles… En effet, depuis quelques jours les astres étaient positionnés de manière favorable pour les mariages, ainsi, toutes les cours d’école, gymnases, hôtels ou autres lieux de réception du quartier s’étaient transformés en palais des milles et une nuit éphémères, il était donc quasiment impossible de trouver où était le bon mariage… Des guirlandes électriques et des porches de tissus symbolisaient l’entrée du lieu de réception mais d’un mariage à l’autre cela se ressemblait tellement qu’on ne parvenait plus à les différencier. Kiran se refusait d’utiliser tout GPS et ne connaissait pas le nom des mariés ce qui ne facilitait pas les choses...

L'entrée planta tout de suite le décor mais c'est uniquement quand on pénétra dans la cour qui abritait le mariage qu'on comprit l'ampleur de ce mariage annoncé par Kiran comme étant un petit mariage avec seulement 800 convives...Une marée de chaises se tenaient devant une scène monumentale digne d'un concert ou d'un show télévisé...



Un mariage indien dure plusieurs jours et ce soir il ne s'agissait uniquement d'une réception avec une partie de la famille de la mariée. Un spectacle de plus de 3 h était organisé dans lequel la mariée jouait le rôle principal, celui de la princesse pour qui son conte de fée va bientôt se réaliser.
Danseuses occidentales, décoration délirante, écrans géants, présentatrice de télé, troupes de danseurs et potiches de services (nous :)), rien n'était trop beau pour cette grande réception.





Des dizaines et des dizaines de plats différents étaient proposés aux invités. Il y avait des stands représentant les cuisines de l'Inde, mais également un stand japonais, thaïlandais, italien et plus étonnant, un stand suisse proposant de la fondue.

On y trouvait de tout mais il ne fallait pas espérer trouver de la viande et encore moins de l'alcool. Il est d'usage de servir des plats uniquement végétariens lors des mariages en respect pour les dieux.





Notre stand était celui des soupes, c'était surtout le plus proche des invités pour que tout le monde puisse voir que les mariés avaient les moyens de payer des françaises pour le service.
Obligées de mettre une robe noire plutôt courte et des talons (et non pas des saris) nous étions de vrais objets de décoration. Notre job consistait à donner un bol au cuisinier qui le remplissait de soupe et nous le redonnait pour qu'on puisse servir les convives. Passionnant me direz-vous.. et bien oui, cela nous a permis de profiter du spectacle, de parler en cachette aux serveurs, étonnés de vous voir là  et qui n'avaient pas le droit de nous adresser la parole, mais surtout d'observer les indiens de plus près. Habitués à être servis, les indiens de haut rang ont peu de considération pour les serveurs, aucun bonjour, ni merci, la plupart du temps ils se contentaient de montrer avec supériorité la soupe qu'ils souhaitaient.



Le clou du spectacle fut l'arrivée fracassante de la mariée sur une plateforme actionnée par des vérins hydrauliques, entrée digne de Céline Dion au Stade de France pour la chanson My heart will go on.
Vêtue d'une robe blanche couverte de strass brillants de mille feux, elle descendit un escalier très Miss France crée pour l'occasion. Sur chaque marche, un jeune homme l'attendait avec une rose rouge à la main, ce qui fait qu'en bas de l'escalier, elle disposait d'un magnifique bouquet.
Ahhhhh que c'est romantique..
Quelle fille n'a jamais rêvée d'être une vraie princesse pour le jour de son mariage?
En Inde, nous savons désormais que c'est possible !

Malheureusement, ces mariages de contes de fées cachent parfois une réalité bien plus dure quand on sait qu'en Inde  de nombreux mariages sont encore arrangés.
Était-ce le cas de celui-ci? Impossible de le savoir...


mardi 11 décembre 2012

Jour 9 : Cochin et ses filets chinois bondés de touristes


Le trajet dura une petite heure durant lequel nous planifiâmes d’aller voir un spectacle traditionnel Kéralais, le Katakali, dès notre arrivée. Le timing était serré, nous n’avions qu’une heure pour nous y rendre et nous ne connaissions pas la ville mais nous étions confiants. Malheureusement nous perdîmes un temps précieux pour trouver un rickshaw à la gare de Cochin car il fallait faire la queue au « pre paid counter » pour en obtenir un et il y avait foule. Je partis donc à la recherche d’un rickshaw dans une rue parallèle à la gare qui accepta de nous prendre avant de me dire « par ici, venez dans cette rue » Toujours chargés, on s’avança dans la fameuse rue où l’on tomba nez à nez avec un policier qui s’énerva et nous demanda ce qu’on essayait de faire. On comprit alors qu’il était strictement interdit de prendre un rickshaw sans avoir de ticket dans cette zone. Où étions-nous ? Cette sur organisation inhabituelle était choquante ! Heureusement entre temps, la queue avait disparu, on pu donc obtenir nos tickets sans mal. Il nous restait 52 minutes… Un énorme bouchon s’était formé le long de la voie ferrée ce qui nous stoppa un bon moment.

Cela nous permis néanmoins d’assister à un beau coucher du soleil et de faire la connaissance de notre 1ère conductrice de rickshaw.
On arriva en nage au spectacle qui avait déjà commencé depuis quelques minutes mais de suite nous étions plongés dans l’ambiance du Katakali… 5 personnes étaient sur scène dont 3 musiciens qui jouaient des cymbales et du tambour et 2 étranges personnages maquillés d’une drôle de façon qui faisaient des mimiques hors du commun. L’un d’eux était maquillé en vert, on dirait dit un mix entre Shrek et un gros biscuit au wasabi et l’autre avait le visage peint en jaune de manière un peu effrayante. 


Parés de somptueux costumes, ces oiseaux rares bougeaient très peu sur scène mais utilisaient leurs mains et une multitude de muscles du visage pour laisser transparaître les émotions et cela marchait à merveille. Sur le rythme endiablé des cymbales, le spectacle racontait une histoire d’amour se terminant mal… enfin si on a bien compris… Car on apprendra plus tard que chaque grimace et chaque geste avaient leur signification et que les comprendre permet de suivre l’histoire comme s’il s’agissait d’un dialogue. Il y en a des centaines…et certaines mimiques sont vraiment très dures à réaliser, y en a qui ont essayé.
Je vous souhaite bon courage pour l’apprentissage !
Le soir on se rendit dans le quartier juif de Cochin qui était désert où une coupure de courant nous obligea à dîner aux chandelles un repas délicieux. Quel supplice ! Au retour on battit notre record absolu : on rentra à 9 dans un rickshaw et pour y parvenir avec Lucile nous étions dans le coffre les pieds ballants à l’extérieur du rickshaw « cachées » sous la bâche en plastique permettant de fermer le coffre. On y fit une étrange découverte, une espèce de mannequin en plastique version années 30 qui n’avait rien à faire là qui gisait au fond du coffre, cela nous fit beaucoup rire, sacrée Incredible India !

Le lendemain nous partîmes visiter les fameux filets chinois de Fort Cochin… et quelle déception ! L’endroit était bondé de touristes de la pire sorte ! Un bateau de croisière venait juste de s’amarrer et vomissait des hordes de touristes irrespectueux, prêts à payer n’importe quel prix pour acheter des babioles négociées à la va vite en dollars. On avait l’air fin après avec nos marchandages pour 10 roupies… Par groupe, ils se précipitaient sur les carrelets chinois pour assister à la démonstration de pêche, se hâter de prendre des photos, payaient et repartaient aussitôt vers un autre site touristique… Le genre de tourisme auquel on était plus du tout habitué… Surtout que chacun avait son étiquette avec le numéro de son groupe inscrit dessus et chaque groupe avait son indien munit d’un panneau qui guidait les moutons dans la ville. Ils faisaient escale en Inde pour 2 jours ! Wahouuuuuuuuu ! Les chanceux, ils allaient pouvoir dire « je suis allé en Inde » !

Mais… Les touristes n’étaient pas la seule déception que m’apporta Cochin… On a tous vu ces belles photos des filets chinois de Cochin et je peux désormais vous dire que Photoshop y est pour quelque chose car en réalité juste derrière ces filets, on aperçoit sur l’autre côté de la rive une usine chimique et un port industriel devant lesquels passent sans cesse d’énormes porte conteneurs ou de gros paquebots. Ça casse le mythe de la pêche ancestrale… Bien pollué le poisson ! Néanmoins ces filets s’avéraient extrêmement efficaces, il suffisait de plonger le filet dans l’eau pendant 2 minutes pour remonter une dizaine de poissons bien frétillants.

Après tout ça, on eut besoin d’un peu d’authenticité, on alla donc prendre le petit déjeuner dans une petite échoppe de rue située juste derrière les grands hôtels de la ville. On y découvrit la (ou le ?) parota, un pain indien au même titre que le nan ou chapati mais qui est typique du Sud de l’Inde et qui ressemble, à s’y méprendre, à une crêpe. On en mangea avec du dal (« soupe » de lentilles) et un curry de pois chiche avant de les déguster à notre manière, c'est-à-dire trempées dans du sucre et accompagnées d’un délicieux Chai. C’était un vrai régal et pourtant ce boui boui ne payait pas de mine! On était bien sur les seuls blancs ce qui nous plaça au centre de toutes les attentions et nous donna l’occasion d’échanger avec des locaux. Ce petit déjeuner nous avait réconcilié avec la vie, on était donc prêt pour le prochain arrêt touristique : le quartier juif et sa fameuse mosquée, la plus grande d’Inde, si ce n’est d’Asie. Là encore on retrouva les mêmes touristes… On se promena une bonne partie de l’après-midi dans les bazars sous un soleil de plomb avant de retourner sur le lieu du Katakali pour assister à la séance de maquillage que nous avions ratée la veille. Il fallut plus d’une heure et beaucoup de concentration pour préparer le maquillage du Wasabi. Le maquilleur avait des mains d’orfèvre et agissait avec une précision incroyable pour fixer la collerette du personnage qui semblait tenir comme par magie hier.


lundi 10 décembre 2012

Jour 7 & 8 : Bullons dans les backwaters

A notre arrivée à Allepey, nous eûmes la confirmation d’une rumeur que nous avions entendue à Varkala : les rickshaws étaient en grève pour protester contre l’augmentation du prix du pétrole dans le Kerala… Sans rickshaw et avec nos gros sacs à dos, se rendre à notre guest house devenait compliqué. Heureusement le propriétaire se proposa de venir nous chercher…en moto ! On était 10, j’avais hâte de voir comment ça allait se goupiller. Quatre indiens nous attendaient devant la gare avec leur moto dont le propriétaire Johnson qui avait comme beaucoup d’indiens ayant les cheveux blancs une teinture rouge-orangée somptueusement ratée. Quatre d’entre nous grimpèrent sur la moto en partant légèrement en arrière tant nos sacs étaient lourds, nous avons filé comme ça avec notre gros back pack sur le dos et nos petits Eastpack sur le ventre. On était chargé comme des bourriques et à chaque virage je sentais l’inertie de ce poids sur moi que j’essayais de maintenir de toutes mes forces. Plusieurs trajets furent nécessaires pour amener tout le monde à la Guest House qui était… complète ! Johnson allait donc nous emmener avec sa voiture à son autre Guest House située sur les backwaters, en retrait du centre d’Allepey sur une île nommée « Romance » par laquelle on ne pouvait accéder seulement par bateau.

Il faisait nuit noire lorsque le 1er convoi, duquel je faisais partie, arriva au quai où un « cannoo » (grosse barque en bois) nous attendait. Malheureusement, nous devions être au complet avant de partir, nous avons donc attendu les autres sur la barque en nous faisant dévorer par les moustiques. Lorsque le 2ème convoi arriva, ils crurent apercevoir un bateau de clandestins, nous étions tapis dans l’obscurité, frigorifiés et essayant de nous protéger des insectes. Ils embarquèrent à leur tour. La traversée prit ensuite une allure de film d’espionnage, nous avancions lentement et sans bruit sur la rivière noire où seules les ombres de palmiers se reflétaient dans l’eau, la scène était surréaliste. Sur le quai de la guest house, des petites lampes à huile nous attendaient sur le bord. Catherine, notre hôte nous avait préparé un bon repas typiquement Keralais : poulet et poisson accompagnés de lady fingers et betteraves cuits dans l’huile de noix de coco. Un délice. La nuit fut paisible, pas un seul bruit ne vint nous réveiller. 

Le matin, on profita du cadre magnifique de cette guest house du bout du monde pour y faire une balade. On rencontra en chemin un homme perché dans un cocotier qui s'accrochait aux branches et pour cause. Il était en train de récolter du Toddy, une sorte de sève du cocotier qui fermente naturellement. Pour le recueillir, il faut inciser une branche et y attacher un récipient pour récupérer cette sève qui avec le soleil se transforme en une boisson alcoolisée. 



Après d’âpres négociations qui n’avaient rien donné, nous avions tout de même décidé de réserver le house boat de Johnson pour passer les prochaines 22h sur les fameux backwaters ! Les backwaters sont des canaux de navigation et d’irrigation de 4-5 m de profondeur autour desquels toute la vie de la région s’articule.




On les emprunte pour se rendre à l’église...


Pour aller aux magasins...


Ou pour aller à l'école... 



On s’y rend par barque privée ou par « bus boat » qu’on attend à des « boat stop » sponsorisés par Vodafone...



Les hommes y pèchent au filet ou avec un bâton...


 Les femmes y lavent leur linge...



Des hommes y font transiter leurs marchandises...



Des gens cultivent du riz dans les champs environnants...



D’autres s’y lavent… 



Certains se la coulent douce...


et les touristes s’y baladent en house boat…



Notre bateau fait de nattes tressées était énorme. Il possédait une très grande pièce à vivre autour de laquelle étaient suspendues des chaises à balancelle avec vue sur les canaux. Il y avait également un double pont pourvu d’un grand matelas sur lequel j’élus domicile. Je passa la journée le nez à moitié dans mon livre, à moitié en l’air à regarder le magnifique paysage défiler sous mes yeux. La navigation nous permettait de découvrir de somptueux canaux bordés de cocotiers et couverts de nénuphars. De temps en temps nous croisions une famille indienne sur un autre house boat qui nous saluait. Parfois un des équipiers nous apportait limonade ou beignet de banane. La vie était dure… A 17h, lorsque le soleil commença à décliner nous primes le chemin du retour par le canal principal qui était embouteillé à cette heure, en effet, la saison touristique battait son plein en cette période de vacances de Diwali. Malgré le bruit généré par les autres house boat, on profita pleinement du coucher de soleil qui alla se coucher derrière un champ de palmiers. 






On revint s’ancrer au point de départ où on nous servit un excellent repas végétarien sur le bateau, s’en suivit ensuite une partie de cartes avant d’aller se coucher à terre pour certains et sur le bateau pour d’autres.


Le réveil fut matinal pour continuer notre navigation sur les backwaters. J’eus une sacrée surprise en me levant car une fourmilière s’était installée dans mon sac à dos pour y déguster mes chaussettes sales et une partie du thé que j’avais acheté à Ooty ! Je fus vite consolée par le copieux petit déjeuner qu’on nous servit à bord. On fut gâtés : omelette, toasts beurrés et pâte sucrée roulée dans une feuille de bananier fourrée à quelque chose d’inidentifiable mais bon bien que très bourratif. Nous empruntâmes ensuite des canaux secondaires bien plus sauvages que ceux de la veille où l’on ne croisa pratiquement personne de la matinée. Cette partie reculée était vraiment splendide.

A midi, nous fumes débarqués à Allepey où nous nous rendîmes à la gare pour prendre notre dernier train direction Cochin !

dimanche 9 décembre 2012

Jour 5 & 6 : Varkala et les cocotiers

Varkala était notre première étape dans le Kerala, un tout autre voyage commençait : Plage, soleil et cocotiers nous attendaient.


Varkala était la seule ville où nous n’avions pas réservé de logement car nous souhaitions trouver un hôtel ayant la meilleure localisation possible et cela serait plus facile en étant sur place. Oppressés, comme d’habitude, par les conducteurs de taxi et rickshaws nous demandant notre destination, nous avons pris le Routard et choisi au hasard le plus complet un hôtel. Go to Kerala Bamboo house, please. Arrivés sur place, cette non planification m’a fait me rendre compte que le hasard parfois fait bien les choses, l’endroit était parfait. Imaginez des petits bungalows en bambou vernis avec un jardin arboré avec hamac, le tout à une minute de la plage et à 500 roupies par personne (7,2€) ! Le plaisir fut encore plus grand lorsque nous avons découvert que nous avions une salle de bain extérieure surplombée par les cocotiers. Le bonheur.

Pour bien démarrer la journée nous nous sommes offert un succulent petit déjeuner avec vue plein cadre sur la mer.  Le temps était magnifique, nous n’avons donc pas perdu une minute pour enfiler nos maillots et nous jeter dans les vagues et ce, sans la moindre difficulté. Les eaux de la mer d’Oman étaient si chaudes qu’il y avait très peu de différence de température entre l’entre la mer et l’air extérieur. Le courant était assez fort, nous avons donc nagé dans les vagues jusqu’à épuisement.  Nous nous ensuite sommes livrés à une séance de bronzage en ce 14 novembre en pensant ô combien vous pourriez nous envier.  Pour planter un peu le décor, la plage de Varkala est entourée de falaises ocres surmontées de cocotiers, de restaurants et de petits magasins. Loin d’être bondée la plage était splendide, cela faisait un bien fou de pouvoir s’étendre sans s’inquiéter de recevoir du sable du voisin.


Varkala possède également de nombreux centres ayurvédiques, j’ai donc craqué pour un soin de 2h30 avec au programme : Un massage KTM (Kerala Traditional Massage), un soin Shirodhara,un soin du visage et une pédicure.
Ma masseuse s’appelait Sethu, elle avait 22 ans et faisait ce métier depuis 2 ans en attendant que ses parents lui trouvent un mari. Malheureusement elle ne parlait pas très bien anglais ce qui rendait la conversation un peu stérile. Je misais donc tout sur les massages.
La salle était plongée dans la pénombre, quelques petits geckos se promenaient le long des murs, la musique d’ambiance vantait les mérites de Krishna ou de Laxmi et une grande table de massage en bois se tenait au milieu de la pièce, toutes les caractéristiques d’un salon d’esthétique étaient réunies, version Inde bien sûr. Je n’étais pas au bout de mes surprises.
Très vite je me rendis compte qu’il manquait quelque chose d’essentiel dans la pièce : un paravent, prévenante et dévouée comme toute indienne qui se respecte, Sethu essaya de m’aider à me déshabiller, un peu gênant mais typiquement indien car ils ont un sens du service surdéveloppé, il est pour eux impossible d’imaginer vous laisser faire quelque chose seul. En faisant du shopping, on vous déboutonne la chemise que vous allez essayer, on vous attend à la sortie de la cabine, on se jette sur le pull que vous êtes en train de regarder pour vous le déplier. Au restaurant, on vient vous voir  10 fois au cours du repas pour regarder si vous avez besoin de quelque chose quitte à stationner devant votre table, on vous apporte des récipients dont vous n’avez pas besoin, on vient pour vous déplacer votre assiette ou votre serviette etc… Un service du toujours plus, toujours plus oppressant car nous n’avons pas l’habitude d’être autant servis. Et bien sûr pour les massages ce fut le même tableau !
Après m’avoir aidé à m’asseoir sur un tabouret, j’en avais bien besoin, le soin commença par un massage du crâne avec des huiles chaudes que Sethu frictionnait dans ses mains et qu’elle appliquait directement sur mon cuir chevelu. Ce fut une bonne entrée en matière qui dura environ 10 min. Ensuite, la masseuse m’accompagna sur la table de massage en me tenant la main et en m’aidant à me hisser sur la table, elle m’aida également à me mettre sur le ventre.  Toujours plus. La table était tout ce qu’il y a de plus inconfortable surtout pour quelqu’un comme moi qui a les genoux cagneux mais les huiles chaudes s’emparent bientôt de mon esprit… Je compris vaguement qu’il s’agissait d’un mélange de 7 huiles, ce qui me rappela un produit bien familier… l’Huile Prodigieuse.

Sethu commença à me masser la jambe droite avec une pression assez forte mais agréable, ces gestes me détendaient et me procuraient une étrange sensation de fraîcheur  Bien huilées, ses mains relaxaient mes muscles tendus par l’agitation de Bombay. Elle passa ensuite à l’autre jambe pour lui affliger la même punition puis s’occupa de mon dos. Cette fois, elle massa avec une pression si forte que je sentais mes os s’enfoncer dans la table, qui je vous le rappelle était en bois. Le massage oscillait donc être plénitude et douleur. Mais comme qui dit le célèbre adage il faut souffrir pour être belle !


Ensuite, vint le Shirodhara, un traitement ayurvédique pour lutter contre le stress, cela ne pouvait pas me faire de mal. Allongée sur le dos, Sethu installa un petit chaudron en cuivre au dessus de ma tête qui commença à diffuser un filet d’huile chaude. Grâce à un mouvement de balancier, l’huile tiède coulait de gauche à droite sur mon front, soulageant mes tensions. L’huile ruisselait ensuite dans mes cheveux ce qui m’obligea à effectuer pas moins de cinq shampoings pour retrouver une nature de cheveux normale mais qu’importe ce traitement était si agréable !

Je ne peux en dire autant du soin du visage… Sethu m’appliqua plusieurs couches de produits qu’elle enlevait aussitôt avec une éponge rugueuse qui trempait dans un jus grisâtre. Pour les initiés, elle me mit du sérum avant de me faire un gommage…sans m’avoir nettoyé le visage au préalable ! Une hérésie cosmétique J ! Pour la pédicure, elle utilisa un coupe-ongles pour faire une fente dans mon ongle et se contenta de tirer sur la partie qui restait pour l’arracher, elle me brossa la jambe je ne sais pas pourquoi et n’utilisa une râpe que pour le dessus du pied… Elle m'appliqua néanmoins un joli vernis à ongles, je n’avais pas tout perdu…

Jusqu’à ce que… deux jours après je me réveille en me grattant partout : mon cou, mes oreilles, mes joues, mes paupières étaient en feu... ce super traitement m’avait déclenché un urticaire ! J'avais également un bleu au niveau des côtes car elles avaient tapées contre la table durant le massage... Par contre j’avais les cheveux d’un brillant ! Voyons la vie du bon côté !

Pour me remettre de toutes ces émotions cosmétiques, le soir nous avons dégusté d’excellents poissons grillés fraîchement péchés. Sur les étals, je fis la connaissance d’un gentil petit requin… Encore une fois, j’essaya de braver ma peur et je toucha le pire de mes cauchemars. La bête était assez douce et jusqu’à ce que je la caresse à rebrousse poil, ce qui me fit l’impression de toucher une barbe de 3 jours. Froid et l’œil vitreux il me sembla assez inoffensif jusqu’à ce que je pose la mauvaise question : Where did you fish this shark ? La réponse fut sans appel : mon grand-père l’a pêché au large de Varkala…  Ok.. Je devais trouver une excuse pour demain, il était hors de question que je me baigne de nouveau dans cette eau infestée par les Dents de la Mer !

Le lendemain, le réveil fut très matinal car nous avions prévu d’aller pêcher sur des « catamarans » qui étaient en fait des barques faites d’une planche étroite et de deux rondins de bois. Grâce à un bambou coupé en 2, un pêcheur nous amena  au large afin d’aller voir un de ses collègues qui était en train de relever son filet. La pêche n’était pas miraculeuse : quelques petits poissons étaient retenus entre les mailles du filet par leur branchie et quelques crevettes grises tentaient encore de s’échapper. Ismaël, le pêcheur de Lucile et Ludmilla, mit naturellement les crevettes qui gigotaient dans la poche de sa chemise et relâcha les petits poissons (Que mon frère se rassure, ils furent sauvés comme Béchamel J). Nous fîmes ensuite la rencontre d’un autre bateau de pêcheur, pour qui le résultat n’était pas plus probant. Un pêcheur fumant un bidi, sorte de cigarette indienne, prit alors une crevette et la croqua toute crue, un jus en sorti et il fit bientôt disparaître les antennes frétillantes de la crevette dans sa bouche. Quelques minutes plus tard, il cracha la tête et les restes dans la mer, on croyait rêver !


Les vagues étaient importantes et pour rentrer nous devions en prendre une qui devait nous ramener vers le bord sans effort. Vérane et Hugo sont dans un bateau, Hugo tombe à l’eau et qui c’est qui reste ? Pas moi ! Nous avions pris la vague de travers et malgré tous mes efforts pour rester sur l’embarcation, je fus propulsée dans l’eau. Ce fut une bonne partie de rigolade ! Pour éviter qu’il n’arrive la même chose aux filles, un pêcheur resté à terre nagea à leur encontre pour maintenir le bateau dans la vague…  petites joueuses !

L’après-midi, le temps étant à la pluie, nous en avons profité pour faire du shopping dans les nombreuses boutiques de Varkala avant de prendre la direction d’Allepey ! 

dimanche 2 décembre 2012

Coonoor-Coimbatore-Trivandrum-Varkala : Objectif Kerala

Après cette deuxième journée à Coonoor forte en émotions, nous avons rejoint la gare routière en fin d’après-midi pour prendre le 1er bus qui voudrait bien nous amener à Coimbatore. Nous avions pour objectif de célébrer Diwali là-bas avant de prendre un train de nuit qui nous conduirait à Trivandrum, aux portes du Kerala. Seulement 67,2 km dont 33 km de route de montagne séparaient les deux villes. Excusez mon côté tatillon mais chaque mètre parcouru aura son importance au cours de cette histoire que nous appellerons celle du « bus de l’horreur ».

Lorsque nous sommes montés à bord, nous avons de tout de suite compris que ce trajet ne serait pas chose aisée… Le bus était quasiment plein et il ne restait que 5 places, nous étions donc 5 de trop ! On s’est regardé, le conducteur a crié quelque chose, le bus a démarré, on s’est enfourné au fond du bus jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace à glaner et ceux qui restaient ce sont tout simplement assis par terre… Je vous ai dit que cette route était une route de montagne, rappelez vous-en bien, ce petit détail aura de l’importance pour la suite des évènements en attendant, l’aventure commençait. Pour ma part, je partageais une place avec Ludmilla qui n’a cessé tout au long du trajet d’essayer de gagner du terrain sur la place de l’indien assis à côté d’elle. Avant qu’il ne descende à Mettupalayam, il était presque collé contre la fenêtre, mais il était chanceux, il pouvait admirer le magnifique paysage qui nous entourait. Les flans des montagnes se laissaient voir à travers d’épais nuages de coton qui dansaient au fil du vent entre les parois abruptes. Les falaises semblaient se précipiter dans un trou sans fin tant le dénivelé était vertigineux. Quelques virages très serrés s’enchaînèrent, nous dépassâmes un camion dans l’un d’entre eux, bien sur cela nous fit beaucoup rire jusqu’un bruit suspect jaillisse derrière moi, une espèce de toux très bizarre. Il n’en fallu pas plus pour annoncer le vomissement de la femme assise à côté de Marion qui se tourna par chance du côté d’un membre de sa famille et de son bébé ! Puis comme si de rien n’était, l’indienne se rendormit aussitôt laissant après ça une bonne odeur à l’arrière du bus. Les virages continuaient à s’enchaîner, je manquais d'être expulsée de mon siège à chaque épingle à cheveux et Hugo, Delphine et Thibault assis par terre ne voyaient toujours pas la route. Contre toutes attentes ils survivaient assez bien à cette épreuve. Mais bientôt cette toux suivie de ce bruit si caractéristiques se manifestèrent de nouveau à l’avant du bus… Cette fois encore le conducteur ne s’arrêta pas et continuera sa route. Essayez d’imaginer cela en France où les gens immobilisent le métro dès que quelqu’un est malade… Je ne saurais vous décrire le fou rire que nous avons eu avec Ludmilla et nous avons remercié la Providence de nous avoir fait monter dans un bus, certes bondé, mais non climatisé dans lequel les fenêtres étaient grandes ouvertes. Il ne restait plus que 10 km de montagne... Ce tronçon se passa sans encombre.


A Mettupalayam, notre voisin descendit avec d’autres passagers ainsi les trois SSF (sans siège fixe) purent enfin s’asseoir, il n’y avait plus de passagers clandestins à bord ou si peut-être un… Le contrôleur s’avança en vers l’arrière du bus en hurlant dans la direction de Bernhard ou plutôt de l’homme endormi à côté de lui. Le contrôleur insista lourdement du coup pour bien faire Bernhard essaya de le réveiller en tapant des mains mais rien n’y faisait. Ni une ni deux, le contrôleur commença à gifler l’endormi, et ce, de plus en plus fort en continuant à crier. Il en vînt à lui donner une grosse baffe qui aurait déboîté la mâchoire de tout être normalement constitué. L’homme était pâle pour un indien et il ne réagissait aucunement, à coup sûr il était mort. Le contrôleur attrapa le bras du malheureux et le tira vers lui de toutes ses forces ce qui finalement réveilla ce zombie probablement sous drogue TRES dure ! Le contrôleur le jeta hors du bus manu militari avant de poursuivre son chemin.

Vous l’aurez compris, nous n’étions pas mécontents d’arriver à Coimbatore.
Je fus tout de suite surprise par l’étendue de la ville et par sa densité de population, je ne m’attendais pas à trouver une ville si développée et d’une telle ampleur à la sortie des montagnes. Pour votre information, Coimbatore compte 1,5 million d’habitants tandis qu’à Ooty sont recensés un peu moins de 100 000 personne… Une broutille !



Nous avons marché avec nos gros sacs à dos au milieu de cette fourmilière à la recherche d’un bar ou restaurant pouvant nous accueillir. Nous étions le jour de Diwali, ainsi des indiens faisaient exploser des centaines de crackers (ou pétards) au beau milieu de rues déjà surchargées par le trafic ceci causant des bouchons infernaux qui se dissipaient aussitôt les derniers crépitements finis.




A la nuit tombée, nous avons commencé à apercevoir des feux d’artifice jaillir des quatre coins de la ville, nous avons donc emprunté une passerelle pour prendre un peu de hauteur afin de mieux admirer ce spectacle. Les fusées provenaient de différents quartiers et étaient tirées souvent de manière isolée, ce qui n’avait rien à voir avec nos spectacles pyrotechniques bien organisés. Néanmoins l’atmosphère que tout cela procurait était extraordinaire, nous ne savions plus où donner de la tête pour regarder ces explosions de lumières. Elles étaient partout, la ville tout entière devenait Lumière.


Nous avons profité de notre passage devant un temple pour nous faire poser un bindi afin de nous fondre dans le paysage... Malheureusement il nous manquait les saris !



Grâce à Arpit, un de nos amis indien, nous allions nous aussi pouvoir éclairer la ville. Avant de quitter Bombay, il nous avait offert des petites lampes appelées diya à allumer le jour de Diwali.  Nous avons méticuleusement rempli d'huile ces petites soucoupes décorées de paillettes et nous y avons disposé une mèche de coton, puis nous avons allumé le tout en l’honneur de Rama, le dieu créateur. Nous étions au restaurant et nous étions les seuls à célébrer Diwali de cette manière, nous étions plus indiens que les indiens à cette heure tardive où la fête commençait à s’estomper.

S’en suivit  une toute autre célébration, celle de l’anniversaire d’Hugo qui fêtait ses 21 ans en ce 13 novembre. Avec les moyens du bord, nous lui avions confectionné un gâteau de chamallows dans lesquels nous avions planté quelques bougies que Mélodie apporta dans les règles, en chanson et lumière éteinte.  
Bientôt l’heure de prendre le train arriva, nous allions passer une nouvelle nuit en transit.


Arrivés un peu à l’avance à la gare, nous attendions patiemment le train sur le quai. Je venais d’acheter un bon lait chaud et je finissais mon livre, un train devait s’arrêter sur la voie avant que le notre n'arrive, nous n’étions donc pas pressés. Un train arriva à quai sans que nous y prêtions attention, seulement voilà, en Inde, rien ne se passe comme prévu. Il s’agissait en fait du notre qui était en avance, nous ne savions même pas cela était possible vu les retards accusés par l’Indian Railway d’habitude. Nous avons sauté d'un bond, ramassé nos affaires et nous avons couru au hasard avec nos sacs à dos à moitié ouverts. Heureusement je n'ai perdu qu'une bouteille d'eau dans la bataille. Sans repères pour nous indiquer le numéro des wagons nous n'avions pas la moindre idée d'où se trouvait notre compartiment, serviable comme tout indien, un passant nous a indiqué la direction ce qui nous permis d'atteindre notre wagon à temps… Un petit coup de stress qui épuisa tout le monde. Dès que les lumières s’éteignirent personne ne fit long feu…

Sauf Bernhard qui n’avait jamais pris le train en Inde et qui était un peu horrifié…
Sauf Johanna et Delphine qui n’étaient pas dans le même compartiment que nous et qui ont lutté une grande partie de la nuit contre une invasion de cafards… Heureusement elles nous ont raconté cette histoire qu’une fois arrivés à Varkala ! Je n’aurais pas pu fermer l’œil si j’avais pu imaginer que les cafards pouvaient essayer de rentrer dans mes draps !
Qu’on se le dise dans ce genre de situation, heureux sont les ignorants ! Ce n’est pas pour rien si je quitte systématiquement mes lunettes avant de pénétrer dans le train… Au royaume des cafards, le myope est roi.

Au petit matin, nous sommes descendus à Trivandrum avant de reprendre un autre train pour Varkala.
Nous avons fait ce trajet d'une demi-heure debout entre la sortie de la cuisine embarquée et les toilettes. Je ne sais pas quel côté était le pire...je n'avais pas mes lunettes :)