dimanche 9 décembre 2012

Jour 5 & 6 : Varkala et les cocotiers

Varkala était notre première étape dans le Kerala, un tout autre voyage commençait : Plage, soleil et cocotiers nous attendaient.


Varkala était la seule ville où nous n’avions pas réservé de logement car nous souhaitions trouver un hôtel ayant la meilleure localisation possible et cela serait plus facile en étant sur place. Oppressés, comme d’habitude, par les conducteurs de taxi et rickshaws nous demandant notre destination, nous avons pris le Routard et choisi au hasard le plus complet un hôtel. Go to Kerala Bamboo house, please. Arrivés sur place, cette non planification m’a fait me rendre compte que le hasard parfois fait bien les choses, l’endroit était parfait. Imaginez des petits bungalows en bambou vernis avec un jardin arboré avec hamac, le tout à une minute de la plage et à 500 roupies par personne (7,2€) ! Le plaisir fut encore plus grand lorsque nous avons découvert que nous avions une salle de bain extérieure surplombée par les cocotiers. Le bonheur.

Pour bien démarrer la journée nous nous sommes offert un succulent petit déjeuner avec vue plein cadre sur la mer.  Le temps était magnifique, nous n’avons donc pas perdu une minute pour enfiler nos maillots et nous jeter dans les vagues et ce, sans la moindre difficulté. Les eaux de la mer d’Oman étaient si chaudes qu’il y avait très peu de différence de température entre l’entre la mer et l’air extérieur. Le courant était assez fort, nous avons donc nagé dans les vagues jusqu’à épuisement.  Nous nous ensuite sommes livrés à une séance de bronzage en ce 14 novembre en pensant ô combien vous pourriez nous envier.  Pour planter un peu le décor, la plage de Varkala est entourée de falaises ocres surmontées de cocotiers, de restaurants et de petits magasins. Loin d’être bondée la plage était splendide, cela faisait un bien fou de pouvoir s’étendre sans s’inquiéter de recevoir du sable du voisin.


Varkala possède également de nombreux centres ayurvédiques, j’ai donc craqué pour un soin de 2h30 avec au programme : Un massage KTM (Kerala Traditional Massage), un soin Shirodhara,un soin du visage et une pédicure.
Ma masseuse s’appelait Sethu, elle avait 22 ans et faisait ce métier depuis 2 ans en attendant que ses parents lui trouvent un mari. Malheureusement elle ne parlait pas très bien anglais ce qui rendait la conversation un peu stérile. Je misais donc tout sur les massages.
La salle était plongée dans la pénombre, quelques petits geckos se promenaient le long des murs, la musique d’ambiance vantait les mérites de Krishna ou de Laxmi et une grande table de massage en bois se tenait au milieu de la pièce, toutes les caractéristiques d’un salon d’esthétique étaient réunies, version Inde bien sûr. Je n’étais pas au bout de mes surprises.
Très vite je me rendis compte qu’il manquait quelque chose d’essentiel dans la pièce : un paravent, prévenante et dévouée comme toute indienne qui se respecte, Sethu essaya de m’aider à me déshabiller, un peu gênant mais typiquement indien car ils ont un sens du service surdéveloppé, il est pour eux impossible d’imaginer vous laisser faire quelque chose seul. En faisant du shopping, on vous déboutonne la chemise que vous allez essayer, on vous attend à la sortie de la cabine, on se jette sur le pull que vous êtes en train de regarder pour vous le déplier. Au restaurant, on vient vous voir  10 fois au cours du repas pour regarder si vous avez besoin de quelque chose quitte à stationner devant votre table, on vous apporte des récipients dont vous n’avez pas besoin, on vient pour vous déplacer votre assiette ou votre serviette etc… Un service du toujours plus, toujours plus oppressant car nous n’avons pas l’habitude d’être autant servis. Et bien sûr pour les massages ce fut le même tableau !
Après m’avoir aidé à m’asseoir sur un tabouret, j’en avais bien besoin, le soin commença par un massage du crâne avec des huiles chaudes que Sethu frictionnait dans ses mains et qu’elle appliquait directement sur mon cuir chevelu. Ce fut une bonne entrée en matière qui dura environ 10 min. Ensuite, la masseuse m’accompagna sur la table de massage en me tenant la main et en m’aidant à me hisser sur la table, elle m’aida également à me mettre sur le ventre.  Toujours plus. La table était tout ce qu’il y a de plus inconfortable surtout pour quelqu’un comme moi qui a les genoux cagneux mais les huiles chaudes s’emparent bientôt de mon esprit… Je compris vaguement qu’il s’agissait d’un mélange de 7 huiles, ce qui me rappela un produit bien familier… l’Huile Prodigieuse.

Sethu commença à me masser la jambe droite avec une pression assez forte mais agréable, ces gestes me détendaient et me procuraient une étrange sensation de fraîcheur  Bien huilées, ses mains relaxaient mes muscles tendus par l’agitation de Bombay. Elle passa ensuite à l’autre jambe pour lui affliger la même punition puis s’occupa de mon dos. Cette fois, elle massa avec une pression si forte que je sentais mes os s’enfoncer dans la table, qui je vous le rappelle était en bois. Le massage oscillait donc être plénitude et douleur. Mais comme qui dit le célèbre adage il faut souffrir pour être belle !


Ensuite, vint le Shirodhara, un traitement ayurvédique pour lutter contre le stress, cela ne pouvait pas me faire de mal. Allongée sur le dos, Sethu installa un petit chaudron en cuivre au dessus de ma tête qui commença à diffuser un filet d’huile chaude. Grâce à un mouvement de balancier, l’huile tiède coulait de gauche à droite sur mon front, soulageant mes tensions. L’huile ruisselait ensuite dans mes cheveux ce qui m’obligea à effectuer pas moins de cinq shampoings pour retrouver une nature de cheveux normale mais qu’importe ce traitement était si agréable !

Je ne peux en dire autant du soin du visage… Sethu m’appliqua plusieurs couches de produits qu’elle enlevait aussitôt avec une éponge rugueuse qui trempait dans un jus grisâtre. Pour les initiés, elle me mit du sérum avant de me faire un gommage…sans m’avoir nettoyé le visage au préalable ! Une hérésie cosmétique J ! Pour la pédicure, elle utilisa un coupe-ongles pour faire une fente dans mon ongle et se contenta de tirer sur la partie qui restait pour l’arracher, elle me brossa la jambe je ne sais pas pourquoi et n’utilisa une râpe que pour le dessus du pied… Elle m'appliqua néanmoins un joli vernis à ongles, je n’avais pas tout perdu…

Jusqu’à ce que… deux jours après je me réveille en me grattant partout : mon cou, mes oreilles, mes joues, mes paupières étaient en feu... ce super traitement m’avait déclenché un urticaire ! J'avais également un bleu au niveau des côtes car elles avaient tapées contre la table durant le massage... Par contre j’avais les cheveux d’un brillant ! Voyons la vie du bon côté !

Pour me remettre de toutes ces émotions cosmétiques, le soir nous avons dégusté d’excellents poissons grillés fraîchement péchés. Sur les étals, je fis la connaissance d’un gentil petit requin… Encore une fois, j’essaya de braver ma peur et je toucha le pire de mes cauchemars. La bête était assez douce et jusqu’à ce que je la caresse à rebrousse poil, ce qui me fit l’impression de toucher une barbe de 3 jours. Froid et l’œil vitreux il me sembla assez inoffensif jusqu’à ce que je pose la mauvaise question : Where did you fish this shark ? La réponse fut sans appel : mon grand-père l’a pêché au large de Varkala…  Ok.. Je devais trouver une excuse pour demain, il était hors de question que je me baigne de nouveau dans cette eau infestée par les Dents de la Mer !

Le lendemain, le réveil fut très matinal car nous avions prévu d’aller pêcher sur des « catamarans » qui étaient en fait des barques faites d’une planche étroite et de deux rondins de bois. Grâce à un bambou coupé en 2, un pêcheur nous amena  au large afin d’aller voir un de ses collègues qui était en train de relever son filet. La pêche n’était pas miraculeuse : quelques petits poissons étaient retenus entre les mailles du filet par leur branchie et quelques crevettes grises tentaient encore de s’échapper. Ismaël, le pêcheur de Lucile et Ludmilla, mit naturellement les crevettes qui gigotaient dans la poche de sa chemise et relâcha les petits poissons (Que mon frère se rassure, ils furent sauvés comme Béchamel J). Nous fîmes ensuite la rencontre d’un autre bateau de pêcheur, pour qui le résultat n’était pas plus probant. Un pêcheur fumant un bidi, sorte de cigarette indienne, prit alors une crevette et la croqua toute crue, un jus en sorti et il fit bientôt disparaître les antennes frétillantes de la crevette dans sa bouche. Quelques minutes plus tard, il cracha la tête et les restes dans la mer, on croyait rêver !


Les vagues étaient importantes et pour rentrer nous devions en prendre une qui devait nous ramener vers le bord sans effort. Vérane et Hugo sont dans un bateau, Hugo tombe à l’eau et qui c’est qui reste ? Pas moi ! Nous avions pris la vague de travers et malgré tous mes efforts pour rester sur l’embarcation, je fus propulsée dans l’eau. Ce fut une bonne partie de rigolade ! Pour éviter qu’il n’arrive la même chose aux filles, un pêcheur resté à terre nagea à leur encontre pour maintenir le bateau dans la vague…  petites joueuses !

L’après-midi, le temps étant à la pluie, nous en avons profité pour faire du shopping dans les nombreuses boutiques de Varkala avant de prendre la direction d’Allepey ! 

dimanche 2 décembre 2012

Coonoor-Coimbatore-Trivandrum-Varkala : Objectif Kerala

Après cette deuxième journée à Coonoor forte en émotions, nous avons rejoint la gare routière en fin d’après-midi pour prendre le 1er bus qui voudrait bien nous amener à Coimbatore. Nous avions pour objectif de célébrer Diwali là-bas avant de prendre un train de nuit qui nous conduirait à Trivandrum, aux portes du Kerala. Seulement 67,2 km dont 33 km de route de montagne séparaient les deux villes. Excusez mon côté tatillon mais chaque mètre parcouru aura son importance au cours de cette histoire que nous appellerons celle du « bus de l’horreur ».

Lorsque nous sommes montés à bord, nous avons de tout de suite compris que ce trajet ne serait pas chose aisée… Le bus était quasiment plein et il ne restait que 5 places, nous étions donc 5 de trop ! On s’est regardé, le conducteur a crié quelque chose, le bus a démarré, on s’est enfourné au fond du bus jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace à glaner et ceux qui restaient ce sont tout simplement assis par terre… Je vous ai dit que cette route était une route de montagne, rappelez vous-en bien, ce petit détail aura de l’importance pour la suite des évènements en attendant, l’aventure commençait. Pour ma part, je partageais une place avec Ludmilla qui n’a cessé tout au long du trajet d’essayer de gagner du terrain sur la place de l’indien assis à côté d’elle. Avant qu’il ne descende à Mettupalayam, il était presque collé contre la fenêtre, mais il était chanceux, il pouvait admirer le magnifique paysage qui nous entourait. Les flans des montagnes se laissaient voir à travers d’épais nuages de coton qui dansaient au fil du vent entre les parois abruptes. Les falaises semblaient se précipiter dans un trou sans fin tant le dénivelé était vertigineux. Quelques virages très serrés s’enchaînèrent, nous dépassâmes un camion dans l’un d’entre eux, bien sur cela nous fit beaucoup rire jusqu’un bruit suspect jaillisse derrière moi, une espèce de toux très bizarre. Il n’en fallu pas plus pour annoncer le vomissement de la femme assise à côté de Marion qui se tourna par chance du côté d’un membre de sa famille et de son bébé ! Puis comme si de rien n’était, l’indienne se rendormit aussitôt laissant après ça une bonne odeur à l’arrière du bus. Les virages continuaient à s’enchaîner, je manquais d'être expulsée de mon siège à chaque épingle à cheveux et Hugo, Delphine et Thibault assis par terre ne voyaient toujours pas la route. Contre toutes attentes ils survivaient assez bien à cette épreuve. Mais bientôt cette toux suivie de ce bruit si caractéristiques se manifestèrent de nouveau à l’avant du bus… Cette fois encore le conducteur ne s’arrêta pas et continuera sa route. Essayez d’imaginer cela en France où les gens immobilisent le métro dès que quelqu’un est malade… Je ne saurais vous décrire le fou rire que nous avons eu avec Ludmilla et nous avons remercié la Providence de nous avoir fait monter dans un bus, certes bondé, mais non climatisé dans lequel les fenêtres étaient grandes ouvertes. Il ne restait plus que 10 km de montagne... Ce tronçon se passa sans encombre.


A Mettupalayam, notre voisin descendit avec d’autres passagers ainsi les trois SSF (sans siège fixe) purent enfin s’asseoir, il n’y avait plus de passagers clandestins à bord ou si peut-être un… Le contrôleur s’avança en vers l’arrière du bus en hurlant dans la direction de Bernhard ou plutôt de l’homme endormi à côté de lui. Le contrôleur insista lourdement du coup pour bien faire Bernhard essaya de le réveiller en tapant des mains mais rien n’y faisait. Ni une ni deux, le contrôleur commença à gifler l’endormi, et ce, de plus en plus fort en continuant à crier. Il en vînt à lui donner une grosse baffe qui aurait déboîté la mâchoire de tout être normalement constitué. L’homme était pâle pour un indien et il ne réagissait aucunement, à coup sûr il était mort. Le contrôleur attrapa le bras du malheureux et le tira vers lui de toutes ses forces ce qui finalement réveilla ce zombie probablement sous drogue TRES dure ! Le contrôleur le jeta hors du bus manu militari avant de poursuivre son chemin.

Vous l’aurez compris, nous n’étions pas mécontents d’arriver à Coimbatore.
Je fus tout de suite surprise par l’étendue de la ville et par sa densité de population, je ne m’attendais pas à trouver une ville si développée et d’une telle ampleur à la sortie des montagnes. Pour votre information, Coimbatore compte 1,5 million d’habitants tandis qu’à Ooty sont recensés un peu moins de 100 000 personne… Une broutille !



Nous avons marché avec nos gros sacs à dos au milieu de cette fourmilière à la recherche d’un bar ou restaurant pouvant nous accueillir. Nous étions le jour de Diwali, ainsi des indiens faisaient exploser des centaines de crackers (ou pétards) au beau milieu de rues déjà surchargées par le trafic ceci causant des bouchons infernaux qui se dissipaient aussitôt les derniers crépitements finis.




A la nuit tombée, nous avons commencé à apercevoir des feux d’artifice jaillir des quatre coins de la ville, nous avons donc emprunté une passerelle pour prendre un peu de hauteur afin de mieux admirer ce spectacle. Les fusées provenaient de différents quartiers et étaient tirées souvent de manière isolée, ce qui n’avait rien à voir avec nos spectacles pyrotechniques bien organisés. Néanmoins l’atmosphère que tout cela procurait était extraordinaire, nous ne savions plus où donner de la tête pour regarder ces explosions de lumières. Elles étaient partout, la ville tout entière devenait Lumière.


Nous avons profité de notre passage devant un temple pour nous faire poser un bindi afin de nous fondre dans le paysage... Malheureusement il nous manquait les saris !



Grâce à Arpit, un de nos amis indien, nous allions nous aussi pouvoir éclairer la ville. Avant de quitter Bombay, il nous avait offert des petites lampes appelées diya à allumer le jour de Diwali.  Nous avons méticuleusement rempli d'huile ces petites soucoupes décorées de paillettes et nous y avons disposé une mèche de coton, puis nous avons allumé le tout en l’honneur de Rama, le dieu créateur. Nous étions au restaurant et nous étions les seuls à célébrer Diwali de cette manière, nous étions plus indiens que les indiens à cette heure tardive où la fête commençait à s’estomper.

S’en suivit  une toute autre célébration, celle de l’anniversaire d’Hugo qui fêtait ses 21 ans en ce 13 novembre. Avec les moyens du bord, nous lui avions confectionné un gâteau de chamallows dans lesquels nous avions planté quelques bougies que Mélodie apporta dans les règles, en chanson et lumière éteinte.  
Bientôt l’heure de prendre le train arriva, nous allions passer une nouvelle nuit en transit.


Arrivés un peu à l’avance à la gare, nous attendions patiemment le train sur le quai. Je venais d’acheter un bon lait chaud et je finissais mon livre, un train devait s’arrêter sur la voie avant que le notre n'arrive, nous n’étions donc pas pressés. Un train arriva à quai sans que nous y prêtions attention, seulement voilà, en Inde, rien ne se passe comme prévu. Il s’agissait en fait du notre qui était en avance, nous ne savions même pas cela était possible vu les retards accusés par l’Indian Railway d’habitude. Nous avons sauté d'un bond, ramassé nos affaires et nous avons couru au hasard avec nos sacs à dos à moitié ouverts. Heureusement je n'ai perdu qu'une bouteille d'eau dans la bataille. Sans repères pour nous indiquer le numéro des wagons nous n'avions pas la moindre idée d'où se trouvait notre compartiment, serviable comme tout indien, un passant nous a indiqué la direction ce qui nous permis d'atteindre notre wagon à temps… Un petit coup de stress qui épuisa tout le monde. Dès que les lumières s’éteignirent personne ne fit long feu…

Sauf Bernhard qui n’avait jamais pris le train en Inde et qui était un peu horrifié…
Sauf Johanna et Delphine qui n’étaient pas dans le même compartiment que nous et qui ont lutté une grande partie de la nuit contre une invasion de cafards… Heureusement elles nous ont raconté cette histoire qu’une fois arrivés à Varkala ! Je n’aurais pas pu fermer l’œil si j’avais pu imaginer que les cafards pouvaient essayer de rentrer dans mes draps !
Qu’on se le dise dans ce genre de situation, heureux sont les ignorants ! Ce n’est pas pour rien si je quitte systématiquement mes lunettes avant de pénétrer dans le train… Au royaume des cafards, le myope est roi.

Au petit matin, nous sommes descendus à Trivandrum avant de reprendre un autre train pour Varkala.
Nous avons fait ce trajet d'une demi-heure debout entre la sortie de la cuisine embarquée et les toilettes. Je ne sais pas quel côté était le pire...je n'avais pas mes lunettes :)

jeudi 29 novembre 2012

Jour 3 & 4 : Coonoor, La ville aux milles couleurs

Nous avons quitté Ooty tôt dans la matinée pour nous rendre à Coonoor, une autre station climatique du Tamil Nadu ignorée par les voyageurs pressés. Nous avions prévu ce voyage dans les montagnes autour d’une envie majeure,  celle de prendre le petit train à vapeur qui serpente le long des versants des monts Nilgiri. Ce jour tant attendu était enfin arrivé.



Bien installés dans notre wagon vitré nous permettant d’admirer le paysage aisément, nous avons attendu les coups de sifflet de la locomotive indiquant le départ imminent du train. Doucement, le train s’est alors mis à glisser sur les rails dans un tintement caractéristique des vieux wagons.  Il a filé pendant 19 km sur les routes sinueuses séparant les deux villes en traversant d'épais bois, collines et villages colorés. A chaque arrêt en gare, des vendeurs de Chai et de biscuits divers et variés proposaient leurs collations par la fenêtre tandis que les voyageurs allaient et venaient sur le quai. Au moment de repartir, les chefs de gare et du train brandissaient un drapeau rouge vite remplacé par un drapeau vert indiquant la remise en route du train, les sifflements de la locomotive fusaient alors pour accompagner ce nouveau départ. Contre toutes attentes le train ne sifflait pas trois fois… Nous avons voyagé une grande partie du trajet la tête à la fenêtre, cheveux au vent, humant ce bon air tout contemplant la trajectoire du train qui se dessinait à travers la forêt jusqu’au terminus : Coonoor.


A notre arrivée sous une température nettement plus élevée qu’à Ooty, nous avons fait une longue ascension pour rejoindre notre hôtel perché sur les hauteurs de la ville. Malgré la lourdeur de nos sacs, nous en avons profité pour admirer cette ville ultra colorée et grouillant d’activité.
Nos chambres étaient assez rudimentaires et n’avaient pas de douche synonyme du retour du lavage au seau. Vous auriez du voir la tête de Bernhard lorsque nous lui avons annoncé, lui qui a pris une chambre au Taj Hôtel (le palace le plus luxueux de Bombay) en rentrant de Goa parce qu’il avait besoin de se relaxer après 4 jours de voyage harassant à se baigner et à faire du scooter. Néanmoins le balcon donnant sur des plantations de thé et la mention « A cause d’une menace de singes, les résidents sont priés de verrouiller leur porte avant de quitter leur chambre » valaient toutes les douches du monde.

A midi, nous avons profité du temps superbe pour manger dans le jardin de l’hôtel ce qui est assez rare en Inde car les indiens préfèrent manger à l’intérieur à l’abri du soleil et au frais de la climatisation. Et cette fois, Ludmilla et moi avons fait une erreur culinaire, nous avons pris respectivement un veg Korma et un Dum Aloo Bananari qui se sont avérés être des plats sweet à base d’une sauce blanche genre béchamel sucrée dans laquelle sont mélangés légumes et fruits, définitivement pas nos préférés…


Nous nous sommes ensuite baladés dans cette jolie ville aux maisons oranges, roses, bleues, violettes, blanches et vertes perchées sur les flans des collines.  Nous avons ensuite fait un tour au marché dans lequel flottait une subtile odeur de jasmin. En continuant notre chemin, nous avons remarqué que les indiens du sud avaient une peau beaucoup plus foncée que les indiens nous avions rencontré jusque là, d’ailleurs, ils ne portaient pas de bindi rouge foncé comme d’habitude mais un bindi blanc ou jaune tranchant avec leur superbe couleur de peau.



Nous avons également remarqué d’étranges dessins au sol devant le seuil des maisons et sur le parvis de l’église principale de la ville. Il s’agit de l’art du Kollam, un art traditionnel du Sud de l’Inde, exécuté exclusivement par les femmes dont la technique se transmet de mère en fille. Ces dessins représentent des figures géométriques mêlées à des fleurs qui sont tracés à l’aide de pigments et de poudre de riz. Le Kollam est généralement exécuté à l’aube et est placé devant les habitations en guise de bienvenue ou près des divinités en guise de prière. De par leur nature éphémère, les kollams sont vite balayés par les vents ou détruits par les pas des passants, il faut alors sans cesse les renouveler.


Nous sommes ensuite allés visiter le Sim’s Park, un joli jardin botanique calme où nous avons fait la rencontre d’un animal non identifié mais si mignon… Est-ce que quelqu’un peut me renseigner ??

Le soir ont commencé les festivités en prévision de Diwali ayant lieu le lendemain. Partout dans la ville éclataient des pétards et fusaient feux d’artifice que nous avons contemplé sans nous lasser, seul le froid, arriva à nous tirer de cette féerie…

Le lendemain, nous avons loué des taxis pour visiter les alentours de Coonoor et les points de vue remarquables dont le Dolphin’s Nose, le Lamb’s Rock et les Catherine Falls. Bien que très lumineux, le temps ici aussi était très variable, il était souvent impossible de voir les figures censées se dessiner sur les flans des montagnes, ceci donnant une allure surréaliste au paysage. 



J’ai déjà eu l’occasion de vous conter ma peur viscérale des singes mais comme toujours depuis le début de cette aventure en Inde, j’avais décidé de me dépasser et de braver cette peur. Mon idée était donc de prendre une photo à côté d’un singe qui se tenait sur un pilier. Pas très rassurée, j’ai d’abord demandé à Thibault de tester la chose pendant qu’Hugo le photographiait, voyant que tout se passait bien je me suis avancée pas à pas, un peu crispée. J’ai vérifié sur l’écran que le résultat était satisfaisant avant de demander une dernière photo, que voici, en essayant de faire une allusion d’optique comme si le singe était posé sur ma tête. Quelle erreur… Un indien est passé à côté de moi avec de la nourriture dans la main visiblement, le singe est alors descendu de son perchoir pour se aller dans sa direction. L’indien a alors lâché la nourriture ce qui a attiré un autre singe qui s’est précipité sur mon sac à dos que j’avais laissé à terre le temps de la photo.  Il l’a regardé, a cherché ce qu’il pouvait faire avec, a regardé mon visage paniqué puis a commencé à ouvrir la poche avant de mon sac en sortant un mouchoir. Là j’ai imaginé le pire, que le singe trouve mon porte monnaie et s’enfuit avec mon seul moyen de paiement, ma carte bleue. Prise de panique j’ai alors avancé le pied vers le singe pour le faire fuir, ce qui n’a pas marché. Il a fait un mouvement de dégagement avec le bras avant d’avancer vers moi en me faisant une sorte de Haka version singe en grognant et en me montrant les dents. Ce moment m’a paru duré des heures tellement j’étais effrayée. J’ai crié sur lui en essayant une nouvelle fois de m’approcher pour reprendre mon sac. Il me regardait si méchamment que les indiens à leur tour paniqués m’ont conseillé de ne plus bouger et m’ont demandé de ne pas crier. Thibault a alors fait diversion le temps que je ne m’échappe et que Bernhard puisse récupérer mon sac. Je suis restée sous le choc jusqu’à ce que je ne regagne la voiture, une belle Ambassador blanche de laquelle je me suis hâtée de fermer les fenêtres. Moralité de l’histoire rien que l’évocation du mot singe m’hérisser désormais les poils et l’opération affrontement de ses peurs dans le but de les faire disparaître (cf. Méthode Ludmilla) a été un cuisant échec !
Non contente de cette infructueuse expérience, j’ai tout de suite accepté lorsque le chauffeur a proposé que quelqu’un aille sur le toit de la voiture pour admirer le paysage. Bien tenue au porte bagage, j’ai alors regardé la route défiler devant nous en profitant de cette vue à 360°. Je riais aux éclats de cette situation et à chaque fois que nous croisions une voiture, les indiens me saluaient en rigolant. Cette expérience fut des émules et bientôt l’autre voiture s’arrêta pour faire monter deux passagers sur le toit. Ils entamèrent alors une bataille de pistolets à eau à travers ces routes montagneuses, un grand moment !



En venant à Coonoor, nous n'avions rien de particulier en tête mais nous avons adoré nos deux jours ici, cette ville fut une réelle bonne surprise.



mercredi 28 novembre 2012

Jour 2 : Ooty et les monts Nilgiri

Ooty est la principale station climatique du Tamil Nadu et est considérée comme the « Queen of Hills ». Les anglais venaient y prendre un bol d’air frais lorsque la température des plaines devenait trop écrasante durant les mois de chaleur. Arrivés vers 23h, le froid nous saisit dès notre sortie du bus. Autour de nous les indiens étaient vêtus de polaires et de bonnets, une image singulière pour l’Inde que nous connaissions. Nous avons passé une nuit fraîche cachés sous de grosses couvertures dans notre lit douillet.

Au matin quel plaisir de nous réveiller et de contempler la magnifique vue que nous avions depuis notre chambre. Un lac ensoleillé entouré de sapins s’offrait à nos yeux, nous nous étions de nouveau dans une autre Inde et nous respirions un air pur et frais… Un petit bonheur.

Nous avons pris un gros petit déjeuner, comme un de ceux que l’on a aux sports d’hiver pour tenir toute la journée. La serveuse de notre maison d’hôte avait tressé ses cheveux très noirs et était chaudement habillée, elle ressemblait étrangement à l’idée que l’on se fait des femmes d’Amérique latine. Nous nous sommes ensuite mis en marche accompagnés d’un guide pour un trek d’une journée. Nous avons traversé des champs d’Eucalyptus, des champs de thé, des villages très colorés, nous avons croisé un berger de chèvres qui avait 6 orteils, une femme magnifique ramassant du thé à l’aide d’outils inconnus, nous avons contemplé les monts Nilgiri ou montagnes bleues à travers les nuages mais surtout et comme toujours nous avons appris et partagé…




Pour le lunch, nous avons mangé dans un restaurant d’altitude au milieu des montagnes. Je sais que plusieurs d’entre vous à l’évocation de ce terme imaginerons un restaurant façon « ski bar » sur les pistes, mais vous n’y êtes pas du tout ! Imaginez plutôt une minuscule baraque faite de bois et de chaux très rudimentaire version maison de Blanche Neige. Remplacez dans votre esprit les frites par du riz servi avec des papads (galettes croustillantes), Dal et légumes. Oubliez également les couverts et pensez à un repas dégusté avec les mains sur une simple feuille de papier journal : un vrai délice. Nous avons essayé d’adopter diverses techniques pour manger le plus proprement possible et ce, en utilisant seulement notre main droite car la gauche est réservée aux actes impurs pour les indiens (je ne vous fait pas de dessins J) Le résultat n’était pas toujours probant mais l’essentiel était de profiter de notre petit moment de bonheur dans ce lieu hors du temps. La reprise de la marche fut difficile après ce bon repas mais les paysages furent magnifiques. Pour nous réconforter à la fin du trek, nous sommes retournés dans cette auberge pour prendre un bon chai qui brûlait dans une marmite en cuivre sur un réchaud ancestral. Nous y avons retrouvé toutes les personnes qui nous avaient marquées dans la journée (la coupeuse de thé, le berger, des villageois…) et nous avons pris des photos, essayé de nous comprendre…


En rentrant à la ville, nous avons acheté du fameux chocolat du Tamil Nadu qui s’est avéré très bon puis nous sommes retombés en enfance en faisant du pédalo sur le lac. Admirez ces belles embarcations toutes neuves ! Le crépuscule approchait lentement sur le lac amenant avec lui le froid de la montagne dont nous avons profité allègrement lors d’une superbe balade nocturne dans l’agréable Ooty by night.


Pour ceux qui veulent en savoir plus, voici quelques infos glanées à notre guide durant le trek :

-  -     Le thé n’est pas orginaire d’Inde comme on pourrait le penser mais il provient de Chine et il a été implanté par les anglais sur les versants indiens. Pour preuve, le mot chinois pour thé est Cha (prononcé Chtra) et en hindi, c’est Chai, un mélange entre Cha et Tea.

-          Le fait que le thé soit noir, vert ou blanc ne dépend pas de la variété mais de la façon dont il est traité. Par exemple, le thé blanc est issu de la plus jeune pousse du plant de thé et on peut faire du thé vert avec les feuilles qui l’entoure.

-          Le thé a besoin d’ombre pour pousser ainsi des arbres sont plantés au milieu des champs de thé pour qu’en été les plants soient protégés, en période de mousson, les arbres sont taillés pour laisser passer la lumière en cette période nuageuse

-          Le climat d’Ooty est très variable, les nuages vont et viennent  si rapidement qu’il a été surnommé the Lady Climate par les anglais.

-          Des ethnies ancestrales vivent encore dans les monts Nilgiri, leurs habitants parlent des langages différents et sans l’hindi ou l’anglais pour les souder, ils ne peuvent pas se comprendre ce qui donne lieu à des conflits communautaires.

-          Une bonne partie des pastilles contre les maux de gorge que nous avons en occident sont issues d’huile d’Eucalyptus d’Ooty.

-          Le chocolat est produit dans le Tamil Nadu car ses températures fraîches permettent de mieux le conserver

Et pour tous les amateurs de dessins animés qui avaient un doute, ce n'est pas Ooty et les cafards mais Oggy.. A bons entendeurs, à bientôt !

vendredi 23 novembre 2012

Notre Diwali break

Diwali, ou fête des lumières, est l'équivalent de notre noël pour les hindous. Pour l'occasion, les indiens rentrent chez eux pour célébrer cette fête en famille, n'ayant pas de famille dans les parages, nous avions donc 9 jours de break pour découvrir Mother India.
Le planning était chargé mais ce voyage tant attendu résonnait déjà comme une promesse de bonheur. Nous allions visiter un palais de Maharaja, gravir les montagnes du Tamil Nadu, nous baigner dans les eaux du Kerala, naviguer sur les backwaters et pêcher à Cochin.

D-Day : 9 novembre 

Après notre cours de Brand Management et une séance photo avec notre professeur portant ce jour-là un saree magnifique, nous avons fait route vers l’aéroport de Mumbai. Il était bondé en ce jour de grand départ en vacances mais nous étions heureux de faire partie de ces voyageurs du « Diwali break » comme de vrais indiens. Nous avons atterrit à Bangalore où nous avons rejoint Delphine et Johanna, deux étudiantes d’Euromed en échange à Delhi qui se joignaient à nous pour ce voyage. Sur le trajet pour rejoindre le centre ville, Bangalore nous a fait l’impression d’une ville très moderne, dynamique et ordonnée. Les nombreux buildings vitrés appartenant à des multinationales nous plongeaient dans un autre univers : celui de la technologie imprégnant cette « Sillicon Valley indienne », seule notre arrivée à la gare routière, nous ramena à la réalité indienne et à son fouillis.  Notre bus devant arriver à minuit à Mysore n’arriverait finalement qu’à 3h30 du matin, nous allions donc passer une partie de notre première nuit dans le bus : le périple commençait.

Jour 1 : Mysore, la majestueuse

Arrivés au beau milieu de la nuit, nous avons dû réveiller le manager de l’hôtel et…Malesh, un employé qui avait visiblement du mal à se réveiller et qui deviendra très vite notre mascotte.

Mysore est connue pour son magnifique Palais du Maharaja considéré comme l’un des plus beaux de l’Inde. Ce luxueux palais du XXème siècle abrite encore la famille royale et quelques fastes cérémonies où éléphants parés d’or et chaises à porteurs rentrent en activité pour replonger Mysore dans son passé flamboyant. Carreaux de mosaïque, vitraux somptueux, chandeliers raffinés, plafonds peints et objets précieux nous ont transporté l’espace d’un instant quelques années avant l’Indépendance de l’Inde, au temps des Maharajas.

Mysore est également connue pour sa production de soie, d’encens et de bois de santal. Nous avons eu droit à plusieurs démonstrations de confection de bâtonnet d’encens dont les femmes les plus habiles arrivent à en produire 7000 par jour. L’extrait de bois de santal, par exemple, se présente sous la forme de poudre, il est d’abord mélangé à une autre poudre collante puis l’artisan rajoute de l’eau à ce mélange ce qui le transforme en pate collante qui est ensuite roulée autour d’un bâtonnet de bambou avec l’aide de la pomme de main jusqu’à ce que le surplus soit évacué.


Nous avons flâné ensuite dans un marché très typique de fruits et légumes et de marchandises indiennes (Huiles essentielles, bracelets de verre, poudres colorées, sacs de toile, pans…). Les pans sont des feuilles végétales mâchées après les repas principalement par les femmes qui se transforment en jus rouge sous la pression des dents, un super dessert saignant ! Ces feuilles sont également chiquées par les hommes qui rajoutent du tabac et des épices à l’intérieur, ce Pan est alors appelé Masala Pan, masala voulant dire épice. Les rickshaws de Bombay notamment en confectionnent de très forts qui font l’effet d’une drogue ce qui les rend un peu groogy, les fait cracher rouge mais leur fait oublier leur pénible condition d’hommes coincés durant leur vie entière dans les terribles embouteillages de la ville.




En fin de journée sous un soleil de novembre magnifique, Ludmilla et moi, nous nous sommes assisses au milieu du marché et nous avons regardé la vie défiler devant nous.. Certains marchands rangeaient leurs légumes en petits tas réguliers prêts à l’achat, d’autres retiraient les surplus de pelures des oignons avant de les empaqueter et d’autres encore confectionnaient avec des feuilles de bananiers des lits douillets pour des régiments de bananes destinés à l’export. Nous ne nous lassions pas de ce spectacle mais très vite est venu le temps de prendre un nouveau bus pour rejoindre Ooty, une ville perchée dans les montagnes du Tamil Nadu.